Amis lecteurs, Fnac.com a choisi Passagedulivre.com pour enrichir ses pages livres.
Découvrez les interviews décalées des auteurs et des traducteurs.
Abonnez vous à la correspondance "Fnac.com et l'actualité des livres", envoyée chaque semaine à plus de 400 000 amoureux des livres. Vous y trouverez notamment les interviews décalées des écrivains et des traducteurs, et de courts extraits de vos livres préférés.
Amis éditeurs, une page de ce site a été spécialement conçue pour vous : la foire aux questions.
Bonne visite sur Passagedulivre.com !
Date de saisie : 02/06/2011
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Au vent des îles, Pirae, Tahiti
Auteur : Jean-Marie Dallet
Prix : 15.00 €
ISBN : 9782915654813
GENCOD : 9782915654813
Commander ce livre sur Fnac.com
Sorti le : 18/05/2011
La tumultueuse excursion qu'à rebours Jean-Marie Dallet nous invite, est bien dans le style exploratoire talentueux, déjanté, tour à tour acrobatique, vériste et finalement tendre, compatissant et ébloui, qui est la signature écrite d'un amoureux d'aventures, sans illusion, poète cynique et résigné, dont on voit de loin les lèvres esquissant un sourire tendre. L'ambiguïté des références sur la société tahitienne traduit bien cette gêne devant ce qui en effet avait depuis longtemps disparu. La société de remplacement n'a pas encore trouvé sa cohérence. Peut-être ne la trouvera-t-elle jamais. L'immense océan ondoie continûment les couleurs désordonnées des questions sombres, des latences mal perçues, des cargos divers aux cultes sans fin, des lendemains qui peut-être ne chanteront pas. Se réfugier dans l'imaginaire, et l'imagerie, est une évasion à la fois palpitante et nostalgique d'un temps rêvé d'un pacte possible entre la nature des choses et des hommes, et les dieux tutélaires ou cruels.
Alexandre Moeava Ata, en souvenir des paroles dites voilà longtemps déjà..., Tahiti 2010
Commander ce livre sur Fnac.com
Des nuages noirs en fuite, une mer d'encre à laquelle le vent d'est arrache des traînées d'écume, un vol de passereaux au ras des mâts et là-bas la pierre blanche des collines qui a tourné au gris, c'est un vrai temps de bran, un temps de saison pour la fin décembre, mais soudain le soleil perce les nuages, plaque de la lumière sur les voiles, les hommes disent, Voilà le signe avant-coureur d'une traversée heureuse, ils gueulent, Vive le Roi, le timonier entonne îles d'amour et de beauté, la chanson à la mode depuis le récent voyage de Monsieur de Bougainville dans la mer du Sud, puis une grande étendue de bleu gagne le ciel, la Marie Stella sort de la rade de Toulon, pique sur Gibraltar plein vent arrière, et je songe que moi aussi j'ai le vent en poupe et même la chance au cul puisque j'ai été nommé aspirant quelques semaines plus tôt, le 20 novembre 1788, quasi le jour de mes vingt ans, que j'ai même été embarqué illico sur la Marie Stella, une frégate en partance pour Tahiti, et juste avant de monter à bord, l'un des messieurs de l'amirauté m'a déclaré, L'intérêt que vous portez aux livres vous vaut cette affectation, un autre a ajouté, Dès votre arrivée dans l'île vous étudierez les moeurs de ses habitants.
Le vent forcit, on file à bien six noeuds, pourtant la Marie Stella est une lourdaude de vingt-six mètres aux mâts raccourcis, à la coque recouverte de cuivre, elle peut sûrement affronter les tempêtes des basses latitudes mais elle n'est pas taillée pour voler de lame en lame, d'autant moins qu'on y a embarqué quarante-quatre hommes, trois vaches, six cochons, six mille litres d'eau en foudres, du matériel, des apparaux de rechange, dix canons, des armes, des munitions, des tonneaux de choucroute, de boeuf salé, et que son pont a été aménagé en pépinière expérimentale au plancher doublé de plomb - pourquoi ? Parce que notre expédition s'occupera plus de botanique que de géographie, elle ne tentera pas de découvrir le continent austral et des îles inconnues, non, après avoir gagné Tahiti elle y récoltera des pieds d'arbre à pain puis elle ira les livrer aux colons de la Guadeloupe et de la Martinique qui espèrent nourrir leurs esclaves à moindres frais des fruits de ces arbres de cocagne.
On navigue déjà en plein golfe du Lion dans une mer bien formée, mais la Marie Stella roule peu, je peux même m'adosser au mât d'artimon pour lire quelques lignes de la brochure que notre botaniste Nicanor m'a offert ce matin... De la taille d'une balle de quinze à vingt centimètres de diamètre, le fruit de l'arbre à pain est couvert d'une peau vert tendre piquetée de protubérances rugueuses, pour le cuire on le pose sur la braise, lorsqu'il est à point on le dépouille de son enveloppe noircie par le feu, il offre alors une chair jaune qui remplace aisément le pain... Mais la cloche piquant douze j'abandonne ma lecture, gagne le gaillard arrière afin de prendre mon poste aux côtés du capitaine, il s'apprête à faire le point à l'aide d'un nouveau sextant, un instrument de précision au cuivre brillant comme le soleil vers lequel il vient de le pointer.