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.. Les idolâtres

Couverture du livre Les idolâtres

Date de saisie : 26/07/2011
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : la Différence, Paris, France
Auteur : Maria Judite de Carvalho
Traducteur : Marie-Hélène Piwnik

Prix : 15.00 €
ISBN : 978-2-7291-1933-1
GENCOD : 9782729119331
Commander ce livre sur Fnac.com Sorti le : 19/05/2011

 
 
4ème de couverture

Entremêlant fantastique et science-fiction, ces nouvelles publiées à la fin des années 1960 pressentent sur un ton doux-amer les inquiétudes et les dangers du XXIe siècle, dessinant des personnages hantés par le temps qui passe et que l'on cherche à défier, suspendre, et même abolir. L'emprise des médias, la peopolisation, le vieillissement, la robotisation au travail, la déshumanisation urbaine, ou encore l'exil de la mémoire et de la mort sont autant de thèmes avant-coureurs. L'écriture subtile et désenchantée, de Maria Judite de Carvalho les égrène au fil de pages où la poésie l'emporte sur la petite cruauté ordinaire.

Maria Judite de Carvalho (1921-1998) fut la femme de l'écrivain portugais Urbano Tavares Rodrigues. Elle tint durant plusieurs années des chroniques dans des journaux portugais. Son oeuvre, commencée en 1959 avec le bref récit Tous ces gens, Mariana..., compte parmi les plus étranges et les plus intéressantes du XXe siècle en Europe. Ses romans et nouvelles se caractérisent par une liberté de ton, particulièrement ironique, et une apparente légèreté sous laquelle se profilent de nombreuses questions existentielles d'importance.

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Passage choisi

Il peignait avec de jolies couleurs comme un vieil artiste du temps passé qui s'appelait le Douanier Rousseau ; simplement, ses bêtes n'étaient ni ingénues ni agressives mais dangereuses. Pas effrayantes, ni terribles : dangereuses, bien qu'assez plaisantes aussi.
Elles étaient aux aguets, ou sur le qui-vive, ou soufflaient légèrement (on aurait dit qu'elles soufflaient) lorsqu'elles se préparaient à bondir. Il y avait toujours du feuillage pour les dissimuler, les maintenir dans une sorte d'illégalité gracieuse, et de belles fleurs épanouies, à la chair rose, pour rendre si l'on peut dire impossible leur férocité, pour la ridiculiser. On ne voyait pas le tigre en train d'attaquer le buffle, le mordant déjà, commençant à le dilacérer. Non. Le tigre, quand il y avait un tigre, était à demi caché par une de ces fleurs, plus grande que sa tête. Et on sentait qu'il avait déjà repéré sa proie, qu'il l'épiait, qu'il attendait seulement le moment le plus opportun pour agir.
C'était un jeune lion agile que celui auquel le peintre mettait ses dernières touches. Un jeune lion déjà averti, regardant bien en face celui qui le regardait. Il avait une grande crinière obscure et ronde dont on ne voyait que la moitié, et un corps un peu doré qui semblait exigu au premier coup d'oeil. Exigu parce que derrière lui il y avait un tronc d'arbre dont la largeur aurait embrassé sept lions et qui servait de toile de fond à un amalgame de lianes, de longues feuilles grasses, charnues, d'arbustes qui jaillissaient du sol ou qui venaient d'en haut, tombant en cascade. Sa crinière était à demi cachée par l'une de ces feuilles, grande et lobulée, presque rouge, presque animale.
«C'était comme ça, la forêt vierge ?» demandaient, parcourus d'un court frisson et admiratifs, les gens qui visitaient l'atelier du peintre. Lui ouvrait les bras, se mettait à rire. Comment l'aurait-il su ? Il y avait des siècles que les déserts et les grandes forêts vierges et les bois épais ocellés de soleil avaient disparu de la face d'un petit monde surpeuplé, parce que la terre ne suffisait plus à construire et à cultiver. C'est pourquoi on cultivait aussi les océans. Dans les anciennes forêts vierges d'Amazonie il y avait d'éclatantes cités de verre, d'immenses aéroports, de belles autoroutes. De même dans celles d'Afrique et d'Asie, de même dans celles du reste du monde. Et les bêtes, les rares qui avaient survécu à l'arrachage des racines, étaient parquées dans trois ou quatre petits jardins d'acclimatation.

 
 
Revue de presse

Eric Loret - Libération du 23 juin 2011
Il n'y a guère d'action dans les récits de Maria Judite de Carvalho (1921-1998), seulement un discours qui se développe, s'en prend aux personnages, non pas à coups de bec comme chez Thomas Bernhard, mais en les embrassant, les poussant des coudes pointus de ses interruptions - «(une fois de plus)» - ou les propulsant hors de leur siège par une brusque marche arrière sans embrayage - «que c'était vrai, mais qu'on n'y pouvait rien»...
Chaque récit met en scène une conscience qui peine à consister et se dissout sous les coups de la modernité. Le genre est souvent celui de la science-fiction proche, début du XXIe siècle, notre temps...
L'ironie pointe souvent sous le tragique.

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