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.. Manifeste pour l'égalité

Couverture du livre Manifeste pour l'égalité

Date de saisie : 26/04/2012
Genre : Documents Essais d'actualité
Editeur : Autrement, Paris, France
Auteur : Lilian Thuram

Prix : 15.00 €
ISBN : 9782746731639
GENCOD : 9782746731639
Commander ce livre sur Fnac.com Sorti le : 04/03/2012

 
 
Le podcasting des écrivains

De Lilian Thuram - 19/05/2012
Lilian Thuram au micro de Jean Morzadec

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4ème de couverture

COLLECTION MANIFESTE Une personnalité s'engage pour une valeur et réunit autour d'elle auteurs, artistes, philosophes, hommes et femmes d'action... qui ont nourri son oeuvre ou qui, par leur parcours, font écho à l'idée qu'elle défend.

MANIFESTE pour l'égalité
Lilian THURAM

«Pourquoi continuons-nous à penser qu'il y aurait des cultures supérieures à d'autres ? Pourquoi nous obstinons-nous à enfermer l'Autre en privilégiant une des composantes de son identité, en disant qu'il est "noir", qu'il est "blanc", qu'il est "musulman", qu'il est "juif, qu'il est "homosexuel" ou que "c'est une femme" ? Pourquoi les pauvres sont-ils toujours les plus stigmatisés ?»

Dans ce livre, pour défendre l'égalité, Lilian Thuram a choisi d'inviter : Jean-Didier VINCENT, Yves COPPENS, Marylène PATOU-MATHIS, Carole REYNAUD-PALIGOT, Chéri SAMBA, Louis SALA-MOLINS, Françoise HÉRITIER Caroline MÉCARY, Michel WIEVIORKA, Henriette WALTER, JR, Odon VALLET, Elisabeth CAILLET, Françoise VERGÉS, Bruce CLARKE, Tzvetan TODOROV, Pascal BONIFACE, Patrick ZACHMANN, Marie Rose MORO, Doudou DIÈNE, GRAND CORPS MALADE, Ninian Van BLYENBURGH, Arsène WENGER, PLANTU, Virginie RAISSON.

Lilian Thuram a connu une prestigieuse carrière de footballeur. Auteur du best-seller Mes étoiles noires, il a créé en 2008 la Fondation Éducation contre le racisme.

L'auteur

Né en Guadeloupe en 1972, Lilian Thuram a connu une carrière prestigieuse de footballeur international. Il a détenu jusqu'en octobre 2008 le record de sélection en équipe de France, aujourd'hui détenu par Sandrine Soubeyrand. La même année, il a créé la Fondation Éducation contre le racisme, dont les premières actions ont été l'élaboration du livre Mes étoiles noires, de Lucy à Barack Obama (Prix Seligmann contre le racisme 2010, plus de 90 000 exemplaires vendus toutes éditions confondues), et l'outil pédagogique Nous Autres, programme multimédia d'éducation contre le racisme à destination des enseignants et des élèves de CM1-CM2. Il est aussi le Commissaire général de l'exposition EXHIBITIONS, l'invention du sauvage au musée du quai Branly (29 novembre 2011 - 3 juin 2012) qui vient de recevoir le Globe de Cristal de la meilleure exposition de l'année.

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Passage choisi

QUESTIONNEMENT(S)

On n'échappe jamais vraiment à l'endroit où l'on est né, à celui où l'on vit, ni à la famille ou à la communauté à laquelle on appartient, ni à l'éducation parentale et scolaire que l'on a reçue. Je suis le premier enfant guadeloupéen de l'année 1972 et l'avant-dernier d'une famille de cinq enfants nés de cinq pères différents. Gaétan, Martine, Antonio - aujourd'hui décédé -, moi et Liliana avons vécu sans père comme tant d'enfants à cette époque-là aux Antilles, où le système matriarcal était très important et le demeure malheureusement. Nous vivions avec notre mère, Mariana, à Anse-Bertrand, un village excentré de Grande-Terre aux allures de bourg, entouré de champs de cannes à sucre où tous les gens se connaissaient. Mon père -que je préfère dénommer mon géniteur, sans aucune agressivité mais en raison de l'absence de contacts que nous avions - était boulanger. Il habitait Port-Louis, à une dizaine de kilomètres.
À Anse-Bertrand, je ne me posais pas de questions sur notre situation, elle était courante. En revanche, quand je suis arrivé en France, à l'âge de 9 ans, comparer notre structure familiale à celle de mes camarades de classe m'a amené à m'interroger. Pourquoi mon père n'était-il pas resté avec ma mère ? Pourquoi ma mère avait-elle eu des enfants de cinq hommes différents ? Quel était le rôle du père, puisqu'il n'était pas présent ?

Mes premières questions, je me les suis posées au sein de ma propre famille. Ces premiers questionnements furent silencieux. Ils tentaient de me faire comprendre mon histoire et, par là même celle d'une société et d'une culture antillaises où la mère était une figure surpuissante, omniprésente.

Ma maman était le roc sur lequel la famille s'amarrait. Sa parole valait plus qu'aucune autre. On ne pouvait échapper à son regard, ni à son autorité, qu'elle partageait bien souvent avec mon frère aîné, Gaétan. J'ai compris bien des années plus tard que l'origine de ce mode de fonctionnement remontait sûrement à l'époque de l'esclavage, quand le rôle de l'homme était réduit à celui de simple géniteur, comme les articles 12 et 13 du Code noir de 1685 régissant l'esclavage dans les colonies françaises le stipulaient clairement : «Les enfants qui naîtront des mariages entre esclaves seront esclaves et appartiendront aux maîtres des femmes esclaves et non à ceux de leurs maris, si le mari et la femme ont des maîtres différents» ; «[nous] voulons que, si le mari esclave a épousé une femme libre, les enfants, tant mâles que filles, suivent la condition de leur mère et soient libres comme elle, nonobstant la servitude de leur père, et que, si le père est libre, et la mère esclave, les enfants soient esclaves pareillement». Cette histoire de l'esclavage, je ne l'ai découverte qu'en France, au lycée. Aux Antilles, on ne m'avait jamais parlé de la traite des Noirs ni, plus généralement, de l'histoire de mon île, la Guadeloupe. Si cela avait été le cas, j'aurais compris plus rapidement les préjugés liés aux couleurs de peau, où prédomine encore un complexe de supériorité du clair sur le foncé. Cette partie de l'histoire, nombreux sont ceux qui ne veulent ou ne peuvent encore pas l'aborder, même aux Antilles alors que l'esclavage a joué un rôle capital dans la structuration de la famille antillaise.
(...)

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