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Date de saisie : 10/07/2012
Genre : Philosophie
Editeur : Hermann, Paris, France
Auteur : Gisèle Mathieu-Castellani
Prix : 35.00 €
ISBN : 9782705682491
GENCOD : 9782705682491
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Sorti le : 12/04/2012
Cet essai retrace le parcours de la philosophie morale, de l'Antiquité à la Renaissance, lorsqu'elle s'attache à mesurer le rôle de l'humeur colérique dans le champ de l'affectivité. Les médecins de l'Antiquité, Hippocrate et Galien, qui voient dans le déséquilibre humoral la cause des maladies physiques et mentales, tiennent la colère pour responsable de graves perturbations ; les moralistes exploiteront le savoir médical pour dénoncer les dangereux effets de l'irascibilité, susceptible d'emporter jusqu'au délire quiconque ne sait pas résister à cette impulsion. Dans le procès de la colère, toujours enflammé, Aristote, sur les bancs de la défense, est son avocat le plus ardent : elle est à ses yeux, comme l'assurait Achille, «beaucoup plus douce que le miel». S'attachant à définir la logique des passions, il a l'originalité d'arracher la colère au champ de l'irrationnel, en montrant qu'elle peut prêter l'oreille à la raison, et il la tient alors pour l'alliée efficace du courage et de la vertu.
On a prêté attention aux arguments d'Aristote lorsqu'il se dresse en défenseur d'une juste colère, et à ceux des humanistes, comme Aubigné ou Sponde, qui attestent qu'il est des fureurs légitimes : la colère qui «brûle le foie» de Juvénal devant le spectacle des injustices est assurément juste.
Gisèle Mathieu-Castellani, ancienne élève de l'École normale supérieur, agrégée des lettres, professeur émérite des Universités, est l'auteur de nombreux ouvrages.
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Extrait de l'introduction
Le miel de la colère
Lorsque, comme le conte Homère dans l'Iliade, Achille aux pieds légers, cet homme de furieuse passion, apprend la mort de son bien-aimé Patrocle, il pousse une plainte terrible, et jure de se venger d'Hector qui lui a enlevé celui qu'il chérissait tant. Tandis qu'une violente irritation s'empare de son coeur, il s'en prend à cet esprit de querelle qu'il souhaite voir disparaître : portant l'homme, si raisonnable soit-il, à la fureur, la colère lui semble «beaucoup plus douce que le miel coulant goutte à goutte», quand elle monte dans la poitrine «comme une fumée».
La colère beaucoup plus douce que le miel, l'emblème même de la douceur pour les Grecs : cette fort suggestive comparaison n'a pas manqué de frapper les lecteurs d'Homère, et quand Platon dans Philèbe et Aristote dans la Rhétorique s'attachent au singulier plaisir né de la colère, ils citent l'un et l'autre les vers de l'Iliade.
Pour les savants de l'Antiquité, la colère se définit d'abord comme l'une des quatre humeurs qui entrent dans la composition du tempérament ; elles sont en relation avec les quatre éléments, la terre, l'eau, l'air, le feu, qui déterminent les quatre propriétés fondamentales, le sec, l'humide, le froid, le chaud ; l'homme, ce microcosme, «ce petit portrait du grand monde accourci», comme l'appellera Ambroise Paré, est constitué à l'image du macrocosme : l'équilibre humoral assure la santé, le déséquilibre provoque la maladie.
L'humeur colérique, de la nature du feu, chaude et sèche comme lui, est fort attentivement examinée par la science médicale grecque : le cholos désigne la bile blonde, le fiel, puis ses manifestations, la colère, le courroux, l'emportement, la fureur. Fidèles aux leçons des Anciens, les savants de la Renaissance européenne prendront soin à leur tour de bien distinguer les humeurs qui composent l'homme, et vulgariseront le savoir antique ; ils s'attachent à explorer tout particulièrement la nature de l'humeur noire, la mélancholie ou mélancolie, et de l'humeur blanche, la cholère ou colère, détaillant les maux qu'elles entraînent lorsqu'elles sont en quantité excessive dans le tempérament.
Les philosophes antiques, reprenant la distinction platonicienne entre les passions de l'âme et les passions du corps, s'attachent à déterminer leur origine et leurs effets. Exploitant le savoir médical, la philosophie morale compte la colère au nombre des passions qui perturbent dangereusement l'équilibre humoral du sujet : elle se soucie de trouver des remèdes à l'emportement, cette brève folie dont le sage doit évidemment se préserver.