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Date de saisie : 20/06/2012
Genre : Documents Essais d'actualité
Editeur : Michalon, Paris, France
Auteur : Henri-Christian Giraud
Prix : 22.00 €
ISBN : 9782841866601
GENCOD : 9782841866601
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Sorti le : 25/05/2012
L'internationalisation du conflit algérien étant déjà très avancée lors de son arrivée au pouvoir en mai 1958, de Gaulle s'emploie à refaire de la guerre d'Algérie un problème intérieur et à lui trouver une «solution française». Pour obtenir le soutien des Américains, il n'hésitera pas à mettre en balance l'appartenance de la France à l'Alliance atlantique. Ce qui n'empêchera pas l'ONU, que de Gaulle appelait le «Machin», d'infliger, en décembre 1960, une cuisante défaite diplomatique au chef de l'État français qui avait fait de la question algérienne une affaire personnelle. De plus, en choisissant - après avoir proclamé le contraire - de privilégier, dans la précipitation, la voie de l'indépendance et le choix du seul FLN comme interlocuteur, de Gaulle referme brutalement le piège sur les pieds-noirs et les musulmans fidèles à la France, condamnant les uns à l'exode et les autres au massacre. Une «solution française» qui, cinquante ans après, continue de susciter un profond malaise. Jour après jour, au long de ces quatre années terribles, voici les dates-clés - officielles ou cachées - de cette triple tragédie.
Une chronologie très fouillée, enrichie d'archives internationales inédites notamment américaines particulièrement éclairantes.
Journaliste et historien français, petit-fils du général Henri Giraud - l'un des principaux acteurs de la Libération avec le général de Gaulle -, Henri-Christian Giraud est ancien directeur de la rédaction du Figaro magazine. Il est l'auteur de nombreux ouvrages sur de Gaulle.
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13 mai. Révoltée à l'idée que le gouvernement Pflimlin nouvellement investi puisse accepter que les bons offices anglo-américains s'étendent à l'affaire algérienne, qui dure depuis le 1er novembre 1954, la foule s'empare du Gouvernement général, le GG, siège du pouvoir à Alger. S'ensuit la formation d'un Comité de salut public présidé par le général Massu, commandant la 10 D.P. et responsable de l'ordre dans la capitale qui, le lendemain, 14 mai, lance un appel au général de Gaulle pour constituer un gouvernement de salut public.
15 mai. Devant la foule en fièvre réunie sur le Forum, du haut du balcon du Gouvernement général, le général Salan, commandant en chef interarmées, affirme le soutien indéfectible de l'armée à la cause de l'Algérie française. Et il conclut par ces mots : «La victoire, c'est la seule voie de la grandeur française. Je suis donc avec vous, avec vous tous. Vive la France ! Vive l'Algérie française !» Poussé par le gaulliste Léon Delbecque, il retourne au micro et crie : «Vive le général de Gaulle !»
A 18 heures, ce même 15 mai, l'ermite de Colombey publie ce bref communiqué : «La dégradation de l'État entraîne infailliblement l'éloignement des peuples associés, le trouble de l'armée au combat, la dislocation nationale, la perte de l'indépendance. Depuis douze ans, la France, aux prises avec des problèmes trop rudes pour le régime des partis, est engagée dans ce processus désastreux. Naguère le pays, dans ses profondeurs, m'a fait confiance pour le conduire tout entier jusqu'à son salut. Aujourd'hui, devant les épreuves qui montent de nouveau vers lui, qu'il sache que je me tiens prêt à assumer les pouvoirs de la République.»
16 mai. A Alger, la population arabe descend en masse de la Casbah pour se joindre à la population européenne sur le Forum, où s'entassent bientôt plus de cent mille personnes. Tout à coup, l'immense masse forme une chaîne d'amitié en se donnant la main. On s'embrasse, on rit et on pleure ensemble puis, à l'unisson, la foule chante la Marseillaise et, mille fois, scande les mots : «Algérie française !»
Pendant ce temps, à l'Assemblée nationale, lors d'une séance particulièrement houleuse, le député Jacques Isorni, ancien défenseur du maréchal Pétain, déclare : «Alors que nous avons inscrit dans notre coeur "l'Algérie française", le général de Gaulle n'a pas prononcé ces mots... Alors que nous avons la certitude que l'Algérie est une terre française, que les liens qui nous unissent à elle sont des liens indissolubles, des liens en quelque sorte charnels, le général de Gaulle parle de "peuples associés"... Vers quelle aventure de Gaulle veut-il nous conduire ?»
Ce même 16 mai, Henri Tournet, un ami de Jacques Foccart, se rend à l'ambassade américaine à Paris pour prendre contact avec le colonel Sternberg qu'il a connu pendant la guerre et faire passer le message suivant : de Gaulle souhaite maintenir avec Washington des «contacts informels» par son entremise ; de Gaulle n'est pas affecté par les soupçons de fascisme que Washington nourrit à son endroit : il n'est pas Franco, il veut simplement un président fort, à la manière américaine ; il n'est hostile ni aux Américains, ni aux Allemands, ni à l'OTAN. «Il accorderait, écrit Irwin Wall, l'autonomie à l'Algérie dans le cadre du Commonwealth français qu'il espérait créer en Afrique du Nord [...] mais si la chose était irréalisable, il accepterait l'indépendance.» A Dulles qui lui demande quel crédit accorder à ces informations, l'ambassadeur Dillon répond que Tournet est «un proche de Jacques Foccart, lequel fait partie de l'entourage de De Gaulle, et que son message lui paraît être une "évaluation sincère" de l'attitude de De Gaulle, même s'il s'est arrangé "pour nous la rendre acceptable"»