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.. Les terres abandonnées

Couverture du livre Les terres abandonnées

Date de saisie : 02/07/2012
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Presses de la Cité, Paris, France
Auteur : Didier Cornaille

Prix : 12.00 €
ISBN : 978-2-258-09715-5
GENCOD : 9782258097155
Commander ce livre sur Fnac.com Sorti le : 03/05/2012

 
 
4ème de couverture

Au coeur du Morvan, la ferme de l'Huis Maugrit a survécu au déclin des campagnes grâce à l'obstination d'une femme : Marie Courbet. Mais après la Libération, la solitude du hameau se révèle vite insupportable pour le caractère entreprenant et autoritaire de Marie. Lorsque son amie Anne lui souffle l'idée moderne de créer une «ferme-auberge», l'avenir redevient possible, notamment aux côtés de son petit-fils avec lequel elle noue, enfin, des liens d'affection.

Seules l'entravent encore les séquelles d'un passé dont elle porte le poids du lourd secret.

Un roman paysan dans le plus beau sens du terme.

Fin observateur du monde rural, journaliste, auteur de guides de randonnée, romancier, Didier Cornaille a contribué à faire connaître les chemins de nombreuses régions de France, et en particulier de la sienne, le Morvan. Il a récemment publié Adam en héritage, Les Labours d'hiver et Sur les cendres des ronces aux Presses de la Cité.

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Passage choisi

Le silence qui était retombé sur la ferme et sur le plateau, après que se fut tu le hoquet du moteur de la 2 CV, avait été comme une grande réprobation.
Depuis plus de deux heures, le soleil d'août s'était saisi du ciel, de l'air et de la terre et les avait embrasés. Les chants d'oiseaux s'étaient éteints dès que le flamboiement avait pris suffisamment de hauteur, au-dessus des collines et des bois du levant, pour tuer le dernier soupçon de fraîcheur. Une feuille de hêtre avait tenté un dernier frémissement, dans un souffle d'air expirant, et le silence s'était fait sur la terre du Morvan recrue de chaleur.
Seuls s'obstinaient, monotones et un peu crispants, le ronronnement lointain d'un tracteur et le cliquetis hoquetant de la moissonneuse-lieuse qu'il traînait. On ne les voyait pas ; dans le foisonnement de verdure du Morvan, les champs en mouchoir de poche se nichent entre deux haies et quelque lisière de l'immense forêt à laquelle il faut sans cesse les disputer.
Anne Guillard avait fait le chemin à pied, à la fraîche. Petite et ronde, et malgré la cinquantaine qui approchait, elle avait gardé un regard d'enfant qu'illuminaient toujours de grands yeux verts débordant d'un irréductible sourire dont il semblait qu'il fût immuablement adressé à une existence qui ne l'avait pourtant pas choyée. C'était tout juste si quelques fines rides, s'échappant en pattes-d'oie de la commissure des paupières, trahissaient l'âge en même temps que tout ce qu'il avait pu apporter de peines et de préoccupations toujours résolument enfouies, quoi qu'il advienne, derrière ce doux sourire vert.
Elle avait traversé le bourg, franchi la planche sur le ruisseau, en dessous de l'ancienne gare du tacot, et, sans hésiter, s'était engagée dans le petit sentier qui remontait raide le fond d'un ravin que lui disputait le lit fantasque d'un torrent pour l'heure réduit à un infime filet d'eau. Ne ménageant pas sa peine, elle gravit la côte jusqu'au plateau. Là, l'émotion la saisissait toujours lorsque, en une seule fois, jaillissait à ses yeux le spectacle immuable de l'Huis Maugrit. Au premier plan, la ferme de son amie Marie Courbet allongeait ses bâtiments bas aux murs de granit et aux toits d'ardoise. Sur le côté, légèrement en retrait, à moitié dissimulée par l'étable, on devinait, dans la verdure, la petite maison désormais fermée où elle avait vécu tant d'années.
A chaque fois, Anne serrait les lèvres. Son regard devenait fixe, planté dans l'épais feuillage des deux grands châtaigniers qui se dressaient à l'entrée de la ferme. Elle traversait le plateau le plus vite possible et ne se sentait soulagée que lorsqu'elle franchissait la porte de la maison de Marie. C'était comme si elle conjurait ses souvenirs et remportait une victoire sur la facilité de l'émotion à qui l'on cède.
Marie était partie depuis longtemps. Victor et Bernadette devaient être aux champs. Quant à François, s'il ne traînait pas vers sa grand-mère, peut-être bien qu'il était parti conter fleurette à quelque amitié du pays. «C'est de son âge», pensa Anne, aussi indulgente que Marie pour tout ce que pouvait entreprendre le gamin.
La maison était vide. Elle s'y attendait, mais, comme toujours, elle eut tôt fait de trouver de quoi s'occuper les mains. La grande flaque éclatante que le soleil découpait, par la porte grande ouverte, sur le carreau de la salle, rendait plus agréable encore la douce fraîcheur dans laquelle s'était installée Anne, au pied de la grande cheminée. Elle avait soigneusement aligné, sur la longue table encadrée de bancs, tout ce dont elle avait besoin, elle y avait déplié les pages d'un vieux journal et s'était mise à éplucher les légumes d'une soupe que Marie, prise par ses mille occupations, ne serait pas mécontente de trouver au chaud, à son retour.

 
 
Courrier des auteurs (en partenariat avec Fnac.com et lechoixdeslibraires.com)


1) Qui êtes-vous ? !
Si je le savais... A la rigueur un défenseur obstiné et solitaire d'une idée fanée : la société rurale... A moins que ce soit là un concept d'avenir...

2) Quel est le thème central de ce livre ?
Le constat de la fin d'un monde multi séculaire en même temps que la conviction qu'il ne peut pas finir.

3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
«Les ronces, Anne. Les ronces sur les cendres desquelles pousse l'espoir.»

4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
La musique Trad... Vous connaissez ? Cornemuses, vielles, accordéons diatoniques s'encanaillant sur des rythmes rocks...

5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
La conviction que tout n'est pas perdu. (L'espoir repoussant toujours sur les cendres des ronces...)

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