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Date de saisie : 13/07/2012
Genre : Biographies, mémoires, correspondances...
Editeur : Hugo et compagnie, Paris, France
Auteur : Monique Ayoun | Jean-Pierre Stora
Prix : 17.95 €
ISBN : 9782755609776
GENCOD : 9782755609776
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Sorti le : 20/06/2012
Cinquante années après leur exode, les Français d'Algérie n'ont rien oublié. Mieux encore, ce pays si longtemps refoulé dans leur mémoire se libère avec une force et une vigueur nouvelles.
Tour à tour passionnés, rageurs, poétiques, évocateurs ou bouleversants, soixante-cinq témoignages de personnalités -célèbres ou anonymes- dressent le bilan sentimental et idéologique de ce que fut pour eux l'Algérie «d'avant», puis l'exil. Aux récits des aînés vient s'ajouter la parole des plus jeunes qui n'ont connu l'Algérie qu'à travers la culture familiale et les silences. On est surpris de la curiosité qui les anime.
Une palette d'émotions, d'opinions et d'expériences qui contribuent à éclairer avec pertinence cette page de l'Histoire brutalement tournée en 1962.
Parmi les personnalités qui s'expriment dans ce livre, citons : Karin Albou, Jean-Luc Allouche, Alexandre Arcady, Roland Bacri, Patrick Bruel, Jean-Claude Brialy, Marie Cardinal, Robert Castel, Edmond Chariot, Hélène Cixous, Jean Daniel, Jean-Pierre Elkabbach, Jacques Fieschi, Nicole Garcia, Louis Gardel, Guy Gilles, Edmond Jouhaud, Pierre Laffont, Enrico Macias, Daniel Mesguich, Jean-Noël Pancrazi, Jules Roy, Jacques Soustelle, Morgan Sportès, Geneviève de Ternant, Marthe Villalonga, Alain Vircondelet... et bien d'autres encore...
Monique Ayoun est écrivain et journaliste ; Jean-Pierre Stora est avocat et compositeur de musique. Tous deux sont nés en Algérie. Malgré la génération qui les sépare, ils ont éprouvé le même besoin de revoir leur terre natale et y ont fait de nombreux voyages.
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Extrait de l'introduction
Le voyage en Algérie
«Et si on allait à Alger ?» Jean-Pierre Stora, mon cousin, a lancé un jour cette idée dans l'air et elle y est restée, quelques mois, sans qu'aucun de nous deux ose la reformuler. Ces mots «Alger-Algérie» sonnaient comme l'impossible, comme l'interdit. Acheter un billet pour Alger, c'était s'offrir un voyage dans le temps, croquer la madeleine proustienne. On ne peut franchir ce pas sans appréhension : quelles choses enfouies en soi par le travail des années va-t-on brusquement éveiller ? Ne risque-t-on pas de faire surgir quelque monstre insidieusement lové dans les recoins les plus cachés de la mémoire ? Doit-on tirer de leur repère les images endormies ? Et si c'était la déception, ou pis encore, l'indifférence ?
Lorsque nous nous décidâmes, Jean-Pierre et moi, nous étions prêts. Psychologiquement, affectivement prêts. Notre famille, faute d'avoir pu nous dissuader, nous avait abreuvés de consignes, de recommandations, de noms de lieux à vérifier. Ma mère, comme toute mamma juive qui se respecte, avait commencé par dire : «Ma fille, tu es folle ! Tu vas te faire tuer !», puis elle avait elle-même préparé ma valise.
Que dire de ce voyage ? Qu'il fut à la fois plus et moins éprouvant que nous ne l'avions prévu. Plus et moins bouleversant. Que, tout simplement, il fut autre, de même que la réalité ne se compare pas au rêve car elle est de nature autre.
À Alger, Jean-Pierre se retrouvait chez lui, dans sa ville. Il disait que rien n'avait changé. Il en était surpris et heureux. Il reconnaissait les magasins, les cinémas, les cafés dont il prenait plaisir à énumérer les noms : Coq-Hardi, Milk-Bar, Otomatic... À tout instant, il s'arrêtait et s'exclamait, émerveillé comme un enfant. Il ne se lassait pas de commenter pour moi chaque rue, chaque immeuble, que dis-je ! chaque dénivellement de trottoir. Il y avait aussi ces impacts de balles dans les murs ou dans les arbres dont il pouvait me retracer l'histoire. Et je devais le tirer par la manche pour que nous ne restions pas plantés là deux heures devant ce qui n'était (malheureusement !) pour moi qu'un vulgaire banc ou un simple arbre. C'est qu'à mes yeux ce voyage avait un autre sens : j'étais venue là pour retrouver ce que je n'avais jamais vraiment connu. Mes sept années d'enfance algéroise avaient déposé en moi, tel un levain, des lambeaux d'images floues, effilochées, irréelles, photographies d'époque. Je réclamais une mise au point.
A présent, Jean-Pierre marchait vite, sans sentir la fatigue, excité, talonné par sa soif de retrouvailles. Je le suivais. Ses paroles reconstituaient pour moi un puzzle. Riche de ses vingt-trois années passées ici, il me racontait mille anecdotes tandis qu'en l'écoutant je me laissais caresser par le vent de la mer et par un bien-être général. Je reconnaissais l'air, les couleurs, les odeurs. Certains quartiers me laissaient indifférente, d'autres me bouleversaient. Il y avait des zones brûlantes et des zones tièdes... Rue Bab-Azoun, la foule algérienne se mêlait aux échoppes de tissus. Une lumière dorée, filtrée par les arcades, jouait avec les étoffes arabes, lamés et soies, en jetant des éclats. Près de Bab-el-Oued, les rues étaient très gaies, ça criait, ça riait, des mères au balcon secouaient leurs draps ou leurs tapis, appelaient leurs enfants. Nous passâmes par un dédale de rues, des rues à balcons colorés et à grandes terrasses qui me griffèrent l'imagination au passage. Une émotion me serra la gorge, mêlée à une sorte de grand bonheur. C'était un signe. J'approchais certainement d'une zone sensible. Je «brûlais». Et, en effet, Jean-Pierre m'annonça que je me trouvais devant chez moi. Cette rue un peu oblique qui descendait vers la mer, c'était bien la mienne. Tout le long de ce périple, j'eus ainsi l'impression déjouer à une version étrange de ce jeu bien connu : colin-maillard. A ceci près que ce n'étaient pas mes yeux qui étaient bandés, mais une partie de ma mémoire. Jean-Pierre était mon guide. Il m'aidait à la dévoiler. Avec douceur... «Approche, viens, n'aie pas peur, tu habitais là, dans cette maison, ta mère et ta grand-mère ont grandi là...»
1) Qui êtes-vous ? !
Écrivain et journaliste, je collabore au Nouvel Obs comme critique cinéma et à Biba en tant que critique littéraire.
2) Quel est le thème central de ce livre ?
L'exil... Une palette d'émotions et de témoignages de ceux qui, un jour, ont été violemment arrachés à leur terre... Et dont le départ a déterminé toute leur vie...
3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
Difficile de choisir ! En voici trois :
«Pendant des années j'ai oublié l'Algérie... Le chagrin de l'exil, je pensais avoir reçu en héritage...» (Nicole Garcia)
«Je pourrais sans mentir vous dire que je n'y pense pas... Mais c'est sans doute parce que je n'y pense pas qu'elle travaille en moi de façon subtile, labyrinthique et souterraine...» (Daniel Mesguich)
«L'exil n'existe qu'inexorable.» (Frédéric Musso)
4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
Une musique arabo-andalouse... Ou bien si c'était une chanson, «Le Café des Délices» de Patrick Bruel...
5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
L'émotion de ceux qui ont traversé une épreuve et qui s'en sont retrouvés enrichis et grandis...