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Date de saisie : 13/07/2012
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Presses de la Cité, Paris, France
Auteur : Michèle Castelli
Prix : 19.50 €
ISBN : 978-2-258-09417-8
GENCOD : 9782258094178
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Sorti le : 07/06/2012
En 1709, au coeur de la Balagne, en Corse, la vie insulaire suit son cours, immuable. Dans ce monde rural, clos et communautaire, où l'honneur justifie tous les sacrifices, il faut faire son devoir et guetter le danger, permanent : pirates barbaresques, mauvais sorts, rivalités entre bergers et paysans.
Ainsi naissent, grandissent la rêveuse Fiordispina et l'insouciante Anghjulina, deux cousines confrontées à la violence sourde de leur univers, qui mêle rudesse et tendresse.
Pourtant, transgressant les règles sociales, chacune, à sa manière, va fuir le destin tout tracé par leur famille pour connaître un bonheur tragique mais librement choisi.
Un exceptionnel roman corse inspiré d'un fait réel.
Née à Marseille, dans une famille originaire de Balagne, région du nord-ouest de la Corse, Michèle Castelli a déjà publié Marie di Lola et Rue Château-Payan (Prix du Livre Corse 1985).
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Le goéland était immobile sur le mur de pierres sèches. Il fixait l'horizon de ses petits yeux ronds et perçants, et le libecciu qui soufflait par rafales, soulevant la poussière du chemin, ébouriffait son plumage blanc.
Orsula se hâtait. A bout de forces, elle s'arrêta et s'assit sur la murette. Le goéland s'envola dans un bruissement métallique d'ailes dépliées. Il plana sur les champs étages en paliers jusqu'à la mer qui miroitait, là-bas, au loin, très loin, grise, confondue avec le ciel plombé.
Orsula essuya la sueur qui lui coulait sur le front, puis posa les deux mains à plat sur son ventre énorme, tendu, douloureux. Elle n'allait pas accoucher là, en plein champ, comme une journalière ! L'héritier des Filippi devait voir le jour dans les draps de lin du trousseau. L'attendait-on avec assez d'impatience cet enfant ! A son mariage, pourtant, elle avait reçu, sous une pluie de riz, les voeux traditionnels : «Sette masci per una femina», et à peine était-elle entrée dans la maison familiale que sa belle-mère, zia Maria, l'avait fait asseoir sur la plus belle chaise en noyer ciré, et lui avait tendu le benjamin de Catalina, sa fille aînée. Orsula, les mains tremblantes, avait posé une coiffe de coton blanc sur la tête du bambin endormi.
Trois ans avaient passé et on avait commencé à chuchoter dans le village qu'Orsula était stérile, confidences échangées entre femmes, au détour d'une rue étroite, d'une loghja à l'autre. Orsula n'en avait pas moins continué à passer, tête haute, fière, insensible aux marques de pitié comme à celles de mépris, qu'elle croyait entendre murmurer à son approche. Elle allait dans les champs surveiller la cueillette des olives, ou se rendait à la messe le dimanche, la taille bien prise dans sa jupe grise finement plissée sous laquelle cinq jupons superposaient leurs teintes vives, ciel, rose, mauve, citron... Puis les vieilles, attentives, au regard de qui rien n'échappait, avaient remarqué que la démarche d'Orsula devenait moins preste, que sa taille était moins fine. Enfin on n'en put plus douter, «hà duppiatu», avaient-elles assuré avec des hochements de tête : Orsula était enceinte. Elle reçut les félicitations, suivies de «Dieu vous bénisse !» pour conjurer le mauvais son, avec autant de dignité qu'elle avait négligé les commérages et vaqua, malgré son état, et les recommandations grondeuses de sa vieille servante Sacra, aux soins du ménage et aux travaux des champs.
1) Qui êtes-vous ? !
Professeure de lettres en retraite, auteure de cinq livres se déroulant en Corse, je m'intéresse à l'actualité littéraire en collaborant à la chronique «Livres» d'un hebdomadaire.
2) Quel est le thème central de ce livre ?
Naître, vivre, aimer, mourir dans une communauté rurale en Corse au 18ème siècle, avec ses bonheurs et ses drames. Roman inspiré d'un fait réel tragique.
3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
«... Elle regagnait la maison et son enfance la rejoignait. Étape par étape, au fur et à mesure de la descente vers Tilia, son passé montait vers elle : jeune épouse d'un homme-enfant, soeur éplorée par le départ d'un frère aimé, jeune fille privée de sa pépiante cousine, son inséparable, petite fille, ombre gardée puis gardienne de ziu Anto qui l'attendait.» (page 247)
4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
L'air de la danse de la «moresca» joué lors d'une représentation théâtrale qui va relancer l'intrigue du livre par un nouveau rebondissement.
5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
J'ai souhaité à travers une fiction, faire découvrir, ou mieux connaître, la période du 18ème siècle en Corse, particulièrement surprenante et tourmentée.