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.. Brandebourg

Couverture du livre Brandebourg

Date de saisie : 09/09/2017
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Actes Sud, Arles, France
Auteur : Juli Zeh
Traducteur : Rose Labourie

Prix : 23.80 €
ISBN : 9782330081966
GENCOD : 9782330081966 Archiver cette fiche
Commander ce livre sur Fnac.com Sorti le : 06/09/2017

 
 
4ème de couverture

Les éoliennes peuvent rapporter gros - mais à qui ? Une partie d'échecs se joue derrière les façades proprettes d'un village du Brandebourg où des Berlinois épris d'un romantique "retour à la campagne" côtoient des paysans du cru et leurs familles. De vieilles rancoeurs - datant de l'époque de la chute du Mur - se réveillent et des stratagèmes de vengeance se fomentent. Une manipulatrice essaie de tirer profit des désirs des uns et des haines des autres.
Grâce à la plume d'acier de Juli Zeh, cette belle fresque villageoise contemporaine offre du rire et de l'effroi. Un formidable thriller rural qui renouvelle et dynamite le roman de terroir.

Née en 1974, Juli Zeh est une figure littéraire outre-Rhin. Construisant son oeuvre depuis une dizaine d'années, elle a quitté Berlin avec son mari, leurs deux enfants et quelques chevaux pour vivre dans un village du Brandebourg, où elle a écrit ce grand roman sociétal européen.
Actes Sud a publié la plupart de ses livres, dont le célèbre La Fille sans qualités (2007), et l'essai, Atteinte à la liberté : les dérives de l'obsession sécuritaire (2010).

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Passage choisi

1

GERHARD FLIEß

"L'animal nous tient à sa merci. C'est encore pire que la chaleur et les odeurs." Jule leva les yeux. "Je n'en peux plus.
- Ça ne sert à rien de s'énerver, chérie." Gerhard s'efforçait de donner à sa voix un ton assuré. Plus Jule cédait à l'hystérie, plus il se cramponnait à la raison. "Quand on déteste quelqu'un, tout ce qu'il fait nous dérange.
- Tu veux dire qu'il faudrait que j'essaie d'aimer l'animal ? Et que comme ça, ça ne poserait pas problème qu'il détruise notre vie ?
- Je veux dire que tu ne dois pas te faire de noeuds au cerveau. En t'énervant, tu ne fais de tort qu'à toi-même, et..."
C'était un combat perdu d'avance. Jule s'était recroquevillée sur elle-même et mise à pleurer, si bien qu'il ne lui resta plus qu'à s'asseoir près d'elle et à passer un bras autour de ses épaules. Elle tenait contre elle la petite Sophie qui se tortillait et geignait sans répit dans ses bras. Le bébé ne trouvait pas le repos et se réveillait sans arrêt, même la nuit, ce qui n'était pas étonnant vu la chaleur dans la maison. Jule avait en permanence l'enfant collée contre sa poitrine, ce qui n'arrangeait rien. Depuis que le feu brûlait, elles se mettaient mutuellement les nerfs à vif.
Avec un bout de sa chemise, Gerhard s'essuya le visage. Sa peau était tendue sur ses os. Ces derniers temps, il évitait de se regarder dans le miroir. Si Jule avait l'air exténuée, lui offrait un spectacle dévastateur. Cela tenait aux deux décennies d'avance qu'il avait sur elle et à sa maigreur qui gravait profondément le moindre effort sur son visage.
Cinq années auparavant, lorsque Jule s'était présentée pour la première fois à l'un de ses séminaires de l'université Humboldt, il s'était spontanément exclamé en la voyant : "Bienvenue !", et il ne pensait pas seulement à son cours, mais à sa vie tout entière. Jule avait tranquillement pris place au milieu des autres étudiants, rousse, la peau claire et comme auréolée de lumière, ce qu'à part lui personne n'avait eu l'air de remarquer. Sa chevelure lâchée et sa robe fluide avaient un parfum de Woodstock et éveillaient en Gerhard la nostalgie d'une époque qu'il avait manquée. Au lieu de paresser sur les vertes prairies avec des fleurs dans les cheveux, le jeune homme qu'il avait été participait à des cercles de réflexion communistes et s'alarmait de l'état du monde. A défaut d'être à moitié nues et sous LSD, les femmes de son entourage étaient engoncées dans des pull-overs à col roulé sombres, portaient des lunettes et fumaient comme des pompiers tout en débattant du capitalisme dans sa phase finale actuelle. Avec ce souvenir en toile de fond, Jule lui apparaissait comme l'émissaire d'un autre monde.
Il contemplait à présent sa nuque courbée et ses épaules tremblantes et aurait voulu pouvoir aspirer la chaleur et les odeurs, prendre tout ce fardeau sur lui pour en délivrer Jule et Sophie. On était en plein été, trente-deux degrés à l'ombre, et cela faisait quatre jours qu'ils étaient enfermés dans la maison, sans possibilité d'aller dans le jardin ou d'ouvrir seulement une fenêtre. Ils ne pouvaient pas aérer de nuit car Bodo Schaller, que Jule ne désignait plus que sous le nom d"'animal", ne laissait pas le feu s'éteindre même une fois le soleil couché. Quand Gerhard imaginait l'animal se glisser hors de son lit toutes les deux heures pour aller raviver les flammes, ses mains se mettaient à frémir de haine.
"Le mur sera bientôt là, chérie."
Depuis que l'animal du terrain voisin avait ouvert un "garage" - un terme qui ne pouvait se concevoir qu'entre guillemets au vu du dépotoir de Schaller -, Gerhard s'entendait de plus en plus souvent parler comme un diplomate du Proche-Orient. Jule releva son visage noyé de larmes.
"Quand ?
- Dès que le permis de construire nous aura été accordé.
(...)

 
 
Revue de presse

Nicolas Weill - Le Monde du 7 septembre 2017
Avec «Brandebourg», la romancière allemande propose une critique féroce de notre temps à travers l'histoire d'un Clochemerle en ex-RDA...
A travers l'accumulation de déchets toxiques, Juli Zeh rejoue habilement le mythe médiéval du puits intentionnellement contaminé par des cadavres. Gangrenée en secret par une mort inexpliquée, la bourgade présente des points communs avec le Twin Peaks, de ­David Lynch. Mais comme pour dissuader son lecteur de ce genre de rapprochement, Juli Zeh place la référence dans la tête d'un des protagonistes. Si les citadins échouent à se couler dans un moule dont les enjeux les dépassent, n'est-ce pas plutôt parce qu'ils plaquent partout leur imaginaire façonné par la littérature, le cinéma ou les jeux vidéo ? Dans une modernité hypernarcissique, suggère le roman, les séparations ou les sordides conflits de voisinage seraient-ils devenus les seules tragédies à vivre ? Voilà ce que, au sommet de son art, la critique féroce de notre époque qu'est Juli Zeh a rapporté des forêts, des marais et des marches allemandes : l'histoire d'un enlisement.

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