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Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Minuit, Paris, France
Auteur : Laurent Mauvignier
Prix : 19.00 € / 124.63 F
ISBN : 978-2-7073-1964-7
GENCOD : 9782707319647
De Laurent Mauvignier - 07/11/2006
Laurent Mauvignier - 31/08/2006
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Jeff et Tonino venus de France, Geoff et ses frères de Grande-Bretagne, Tana et Francesco qui viennent de se marier en Italie, mais aussi Gabriel et Virginie à Bruxelles, tous seront au rendez-vous du «match du siècle» : la finale de la coupe d'Europe des champions qui va se jouer au stade du Heysel, ce 29 mai 1985.
La jalousie, le vol des billets, l'insouciance d'une lune de miel : plus rien n'aura d'importance après le désastre. Excepté de retrouver Tana.
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Extrait :
Il aurait mieux valu que je ne monte pas dans le train. Mais voilà. Au lieu de rester là, de ne pas bouger, je suis monté dans le train et moi aussi, ce jour-là, je suis parti de Liverpool et je suis allé jusqu'en Belgique, à Bruxelles. J'ai menti à ma manière, me réjouissant faussement et me promettant en secret de trouver dans mes mensonges de quoi me consoler et me rassurer. Parce qu'en vrai, j'ai pensé que ce jour-là je n'avais pas envie de quitter Liverpool. Je me disais que je ne serais pas plus mal chez moi à regarder le match avec Elsie, plutôt que de prendre le train et venir jusqu'à Bruxelles. Moi, ce n'est pas que j'avais terriblement envie... non. Mais c'est parce qu'ils voulaient que je vienne avec eux... enfin, disons, papa voulait que nous allions voir ce match tous les trois.
Alors on est partis ensemble.
Les trois frères. On a retrouvé les autres à la gare. Les amis de Doug surtout, qui ont ri de voir les trois Andrewson arrivant ensemble, en même temps, avec chacun son sac à l'épaule. Sauf que, de Doug, ils n'ont pas vraiment ri. Bien sûr. On n'a jamais ri de Doug, ni eux, ni personne. Mais par contre, de Hughie et de moi, Geoff, le petit Geoff Andrewson avec sa voix trop douce et ses cheveux bien longs pour eux, ils s'en sont donnés à coeur joie, comme d'habitude, comme à chaque fois parce qu'ils me trouvent trop jeune, trop ceci et trop cela, et qu'ils n'apprécient pas tellement que je ne rie pas à leurs blagues. Alors, ils ne m'ont pas beaucoup parlé dans le wagon. Ils riaient avec Doug et Hughie. Ils riaient entre eux, parfois avec d'autres. Mais ils ont surtout commencé à rêver de la fête qu'ils feraient dans Bruxelles, le soir du match, un coup à faire péter les fondations de Marble Arch et de Buckingham !
Jean-Baptiste Marongiu - Libération du 21 septembre 2006
Le vingt-neuf mai 1985, au Stade du Heysel, à Bruxelles, la Juventus de Turin remporte la finale de la Coupe d'Europe des Nations, au détriment de Liverpool,1-0, but de Michel Platini, sur penalty, à la suite d'une faute réputée imaginaire. Laurent Mauvignier qui vient de publier un gros roman articulé autour de ce match ne donne pas le score, il dit le vainqueur, au détour d'une phrase, mais pas le score, il en donne un autre: 39 morts, des supporters italiens pour la plupart, étouffés, piétinés par des supporters anglais. La partie avait commencé avec un peu de retard, forcément...
Après quatre années d'écriture, ce fameux réel est incarné, plus que réel dans des personnages de papier, de chair et d'os: Jeff et Tonino, un Français et un Franco-Italien, venus sans billet voir le match, Geoff et ses deux frères aînés de Liverpool, bières au poing, Gabriel et Virginie, qui habitent Bruxelles et risquent bien de se faire piquer leur précieux billet d'entrée porte Z, Tana et Francesco, Toscans jeunes mariés...
Le coeur du récit dit la mort. Mauvignier, pour l'écrire a revu les images, la scène est poignante mais au drame il n'ajoute aucun effet mélodramatique qui n'eut pu que l'édulcorer, ces morts par étouffement coupent la respiration de chacun, du lecteur et des narrateurs qui se relayent pour la dire, le souffle de Francesco s'éteint quand le nôtre s'affole, on entend les cris, les secours, les chevaux, la peur, et la mort qui n'est pas prononcée mais envahissante appelle le silence. On ne peut écrire le silence dans un livre, il n'y a pas de pages blanches que l'on puisse lire, la voix de Francesco lutte contre ce silence, il exhorte Tana, autant pour qu'elle se sauve que pour savoir qu'il vit.
Olivier Le Naire - L'Express du 14 septembre 2006
Revenant sur la meurtrière bousculade au stade du Heysel, en 1985, il se glisse dans la peau de plusieurs protagonistes qui, prenant la parole tour à tour, revivent leur intime expérience de ce drame. Une composition subtile, complexe, admirablement maîtrisée. «J'étais fasciné par cette effraction du réel dans nos vies, explique l'auteur. J'ai voulu confronter mes petits Don Quichotte, mes petites Bovary à un événement authentique. J'avais aussi envie de pousser les murs de mon univers littéraire, comme l'osent parfois les Espagnols ou les Anglo-Saxons.» Mauvignier y a si bien réussi qu'il se sent prêt à tout expérimenter et se voit encore écrire à 70 ans. C'est le bonheur qu'on lui souhaite.
Nathalie Crom - Télérama du 13 septembre 2006
Ce sont des instants qui appartiennent encore presque au présent, pour mieux dire à l'histoire immédiate. Un champ de bataille urbain, avec ses guerriers, ses bourreaux, ses victimes. L'accès de violence achevé, on comptera les morts - 9 corps, très exactement, et des centaines de blessés. Autour d'eux des pleurs, de l'incompréhension, de l'incrédulité. Du désarroi. De l'hébétude. Ce champ de déshonneur est le stade du Heysel, en ce jour de mai 1985 où, à Bruxelles, en marge d'une finale de Coupe d'Europe opposant la Juventus de Turin au club de Liverpool, survint le désastre [...]
C'est au coeur de cette «nuit du Heysel», dans ce chaos de larmes et de douleurs, que Laurent Mauvignier a choisi d'ancrer Dans la foule, s'inscrivant ainsi de plain-pied dans le réel le plus trivial, le plus concret, le plus véhément qui soit. Ce faisant, l'écrivain, pourtant, ne quitte pas cette sphère intime, cette intériorité dans laquelle on a pris l'habitude de le voir évoluer : Dans la foule est un superbe et puissant huis clos de voix, une chorale de monologues intérieurs singuliers qui, ensemble, et de façon prégnante, tissent le récit de ces instants de débâcle, en sondent l'absurde et sourde et inintelligible violence. [...]