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Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Gallimard, Paris, France
Auteur : Stéphane Audeguy
Prix : 17.50 € / 114.79 F
ISBN : 978-2-07-077724-2
GENCOD : 9782070777242
De Stéphane Audeguy - 31/08/2006
Stéphane Audeguy - 30/08/2006
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De Xavier Clion - 21/12/2006
Xavier Clion - 21/12/2006
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" On n'a plus eu de ses nouvelles depuis ce temps-là, et voilà comment je suis demeuré fils unique", écrit dans ses Confessions Jean-Jacques Rousseau en évoquant son frère aîné, ce François Rousseau contraint de quitter Genève où les choses pour lui avaient mal tourné. Jean-Jacques tenait François pour un polisson et un libertin. Ce dernier apparemment ne l'a jamais démenti, qui n'a pas jugé nécessaire de nous laisser récit de sa vie. Il m'a semblé intéressant de remédier à cette négligence.
S. A.
Stéphane Audeguy vit à Paris. Il enseigne l'histoire du cinéma et des arts dans un établissement public des Hauts-de-Seine. Il a publié en 2005 son premier roman, La théorie des nuages, chez le même éditeur.
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J'ai résolu d'écrire ici l'histoire de ma vie en disant tout uniment les choses, comme je les ai vécues, sans en rien retrancher. J'ai su quelle terrible devise tu t'étais choisie, Jean-Jacques : vitam impendere vero. Soumettre sa vie à la vérité... Pour cela tu as vécu dans une solitude que je n'aurais jamais pu endurer. J'ai trop aimé la compagnie des femmes, et la société des hommes : deux mondes où l'on doit mentir aux autres, si l'on ne veut pas se mentir. Mais je ne crois pas avoir été indigne de toi en soumettant la vérité à ma vie.
Je me nomme François Rousseau. Celui qu'hier on a pensé honorer en le couchant entre Descartes et Voltaire dans la crypte du Panthéon naquit sept ans après moi. Tu avais onze ans quand je quittai notre pays natal pour n'y plus jamais revenir. Puis-je prétendre te mieux connaître que ceux qui t'enterrèrent hier ? Je le crois. Nous n'étions d'abord frères que par les hasards du sang, lesquels ne valent guère plus que le peu de foutre qui les cause; mais, je le dis hautement, j'ai conquis par mon existence le droit de m'adresser à toi. Quant à l'idée de composer le présent mémoire, voici comment elle me vint. Un ami me prêta le volume premier de tes Confessions, qui venait de paraître. Le titre m'en déplut, parce qu'il puait la sacristie et l'encens refroidi. Pourtant je lus l'ouvrage d'une traite, mais non sans un vif agacement : sur la scène immense de ton orgueil tous les personnages de ta vie paraissaient en figurants, des plus illustres aux plus humbles. Quant à ton frère François, tu ne le mentionnais que trois ou quatre fois. Pour un homme qui prétendait dire la vérité entière, tu te faisais d'elle une image bien singulière; à telles enseignes que je pensai qu'il serait plaisant d'administrer à ces pompeuses confessions la correction qu'elles méritaient. Puis j'eus mieux à faire qu'écrire, et me voici parvenu à la fin de ma vie : j'écrirai maintenant, ou jamais.
Olivier Le Naire - L'Express du 9 novembre 2006
De même que François Vallejo avait réussi, l'an dernier, avec Le Voyage des grands hommes, à imaginer un road-movie dont les protagonistes étaient trois figures des Lumières, Audeguy a gagné son pari littéraire : Fils unique est à la fois un pastiche et un jeu de miroirs très érudits, un regard moderne et impertinent sur Jean-Jacques, mais aussi un roman malin, sautillant, excitant. La preuve que l'exigence n'empêche pas la fantaisie, tout au contraire.
Baptiste Liger - Lire, octobre 2006
Loin de l'esprit des Confessions qui, selon le frère «caché», «puait la sacristie et l'encens refroidi», la vie de François se nourrit notamment aux plaisirs du libertinage. L'un des moments les plus savoureux de Fils unique se déroule à la Bastille, où le narrateur côtoie - et même plus - un marquis pervers bien connu: Sade. Ceux qui avaient aimé le précédent roman de Stéphane Audeguy, La théorie des nuages, seront peut-être un peu déçus, au début. L'originalité de l'auteur se serait-elle dissoute dans l'académisme du sujet ? Mais, bien vite, le classique «roman historique» se révèle un trompe-l'oeil ! Loin des écrits «à costumes», le jeune romancier signe un habile jeu de miroirs littéraire, et restitue judicieusement les idées et la logique de la Révolution. Bref, ça ira !
Philippe Lançon - Libération du 21 septembre 2006
Jean-Jacques Rousseau avait un frère aîné. Les Confessions l'expédie au début, en un paragraphe. Son éducation ayant été négligée, François Rousseau «prit le train du libertinage, même avant l'âge d'être un vrai libertin. [...] Je ne le voyais presque point : à peine puis-je dire avoir fait connaissance avec lui : mais je ne laissais pas de l'aimer tendrement, et il m'aimait, autant qu'un polisson peut aimer quelque chose. [...] Enfin mon frère tourna si mal qu'il s'enfuit et disparut tout à fait. Quelque temps après on sut qu'il était en Allemagne. Il n'écrivit pas une seule fois. On n'a plus eu de ses nouvelles depuis ce temps-là, et voilà comment je suis demeuré fils unique.» Les deux derniers mots annoncent et inspirent le second roman de Stéphane Audeguy, auteur en 2005 de la Théorie des nuages. On y retrouve son enthousiasme pour un monde passé ouvert à l'aventure, une nostalgie légère et affamée de plaisir, la greffe soigneuse d'une inventivité sur une érudition : son imagination fouette sa mélancolie..
De François Rousseau, on sait peu de chose : né le 15 mars 1705, il est placé en maison de correction à 13 ans, devient apprenti horloger, ne peut exercer le métier de son père à l'issue de sa formation, fuit et disparaît. Selon Jean-Jacques, la dernière lettre de son frère à sa famille est envoyée de Fribourg en 1739. On ne sait ni où il vit, ni ce qu'il fait, ni quand il meurt. S'appuyant sur les phrases de Rousseau et sur ce vide, Stéphane Audeguy imagine le reste. Les angles morts fournissent des idées de roman...
François Rousseau est, dans Fils unique, le révélateur enjoué des passions et des événements du siècle. «Libertin avant l'âge», comme l'écrivait Jean-Jacques, il voyage à la marge de lieu en lieu, de métier en métier, à travers le sexe et l'amour des femmes, sans négliger celui des hommes...
En prison, François devient l'ami intime du marquis de Sade. C'est lui qui, peu à peu, donne le sens du livre. Non seulement parce que François préserve et sauve le manuscrit des 120 Journées de Sodome, mais surtout parce qu'il comprend et s'approprie la morale pessimiste et libertaire du marquis : «Je crois aujourd'hui à la douceur infinie, à la tristesse de Sade, et je dis que si nous l'avions seulement lu, entièrement et profondément lu, nous nous serions engagés peut-être sur la voie qui mène à la fin de toute peur.» Ecrire ce divertissement fin (et début) de siècle est une façon de l'emprunter.
Catherine David - Le Nouvel Observateur du 7 septembre 2006
[...] Voici donc un roman historique mené à un train d'enfer. Mieux qu'au cinéma, c'est tout le XVIIIe siècle qui défile «à hauteur d'homme», entre Genève et Paris, avec ses odeurs d'aisselles et de bouse, ses maisons de correction, ses échoppes encombrées, ses curiosités, ses automates, ses geôles, ses échafauds, ses diligences, ses escrocs, ses catins. Sans oublier sa grande Révolution théâtrale, si compliquée, broyeuse de destins, arracheuse de têtes («comme des ailes de papillon»), pleine de crispations identitaires, de supplices inédits. Et qui a fait de Jean-Jacques Rousseau, pourfendeur de l'injustice, un maître incompris par excès d'enthousiasme, une icône, une idole, une relique !
[...] Audeguy prête sa plume et son humour à ce mystérieux frère prodigue, dont il se plaît à faire un mauvais sujet à l'intelligence vigoureuse, libertin patenté, aventurier de l'art de vivre, subtil observateur des êtres (surtout féminins) et des événements (mouvementés) de son temps, disciple de Lucrèce, fabricant de vits artificiels, compagnon de Sade à la Bastille («Je crois aujourd'hui à la douceur infinie, à la tristesse de Sade»), bref un esprit généreux, sans illusions ni fausse modestie, aux yeux grands ouverts. [...]
Erwan Desplanques - Télérama du 9 Septembre 2006
Allons-y pour le scoop : Jean-Jacques Rousseau avait un frère aîné. La nouvelle vous paraît minime ? Peut-être, mais un écrivain ne laisse pas filer ce genre de détail. Il le palpe, l'éprouve, le transforme en idée qui, lorsqu'il s'agit de Stéphane Audeguy, accouche nécessairement d'un grand livre. Voici donc les confessions de François Rousseau, frère de l'ombre, filou, viveur, dont l'histoire officielle ne retiendra que son année en maison de correction, qui permit à Jean-Jacques de se croire «fils unique».
Patrick Kéchichian - Le Monde du 25 août 2006
Stéphane Audeguy avait publié un premier roman, La Théorie des nuages, en janvier 2005, chez Gallimard. Très vite, on s'était passé le mot : il fallait lire et faire lire cet inconnu né en 1964, enseignant en histoire du cinéma, qui avait la tête dans les nuages mais la plume bien trempée dans le réel...
Le doute n'était pas permis. On salua donc une intelligence d'autant plus vive qu'elle ne servait pas de faire-valoir à l'auteur mais était mise au service de son sujet... La Théorie des nuages connut un logique succès. Ce livre contenait comme une promesse, celle que tient Fils unique, deuxième étape d'un projet romanesque concerté et réfléchi...
L'auteur de Fils unique a une manière bien à lui d'envisager le temps. Son habileté - mais parlons plutôt de son art - consiste à insérer le temps romanesque, dans l'histoire et ainsi à animer celle-ci par la fiction. Il est arrivé qu'un tel procédé conduise à une réduction catastrophique de la réalité. Ici, elle est au contraire exaltée, approfondie. Il y a aussi, chez Audeguy, la volonté de ne pas laisser à une place trop convenue et immobile les idées de génie et de gloire. L'homme du commun, le premier venu, personnage minuscule perdu dans la foule, a lui aussi beaucoup à dire. Ce n'est pas le moindre mérite de l'écrivain que de nous en convaincre. Avec une allégresse, comme on dit, communicative.