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Date de saisie : 13/07/2007
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Grasset, Paris, France
Auteur : Michel Schneider
Prix : 20.90 € / 137.10 F
ISBN : 978-2-246-70371-6
GENCOD : 9782246703716
Trente mois durant, de janvier 1960 au 4 août 1962, ils formèrent le couple le plus improbable : la déesse du sexe d'Hollywood, Marilyn Monroe, et le psychanalyste freudien strict, Ralph Greeson. Elle lui avait donné comme mission de l'aider à jouer au cinéma, de l'aider à se lever, de l'aider à ne pas mourir. Il s'était donné comme mission de l'entourer d'amour, de famille, de sens, comme un enfant en détresse. Il voulut être sa peau, mais pour avoir été la dernière personne à l'avoir vue vivante et la première à l'avoir trouvée morte, on l'accusa d'avoir eu sa peau. «Je suis une vraie blonde, disait Marilyn à Truman Capote. Mais personne ne l'est naturellement comme ça.» Ce roman est comme les cheveux de Marilyn, vraiment faux. Contrairement à l'avertissement désuet des romans et des films, ici, tous les personnages évoqués et les faits rapportés ont existé. Les citations de leurs récits, notes, dictées, lettres, films, articles, entretiens, livres, etc., sont leurs propres mots. «Mes premiers plans sont inventés et mes fonds réels», disait Flaubert à propos de L'Education sentimentale.
Michel Schneider a écrit sur la littérature : Baudelaire, Maman ; sur la musique : Glenn Gould, Musiques de nuit, Schumann ; et sur la psychanalyse : Blessures de mémoire, Voleurs de mots. Il a écrit deux fictions : Bleu passé et Je crains de lui parler la nuit.
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Los Angeles, Downtown, West 1st Street, août 2005
Rewind. Remettre la bande à zéro. Recommencer toute l'histoire. Repasser la dernière séance de Marilyn. C'est toujours par la fin que les choses commencent. J'aime les films qui s'ouvrent sur une voix off. À l'image, presque rien : une piscine où flotte un corps, la cime des palmiers agitée d'un tremblement, une femme nue sous un drap bleu, des éclats de verre dans la pénombre. Et quelqu'un qui parle. À lui-même. Pour ne pas être tout seul. Un homme en fuite, un privé, un médecin - ou un psychanalyste, pourquoi pas - qui raconte sa vie depuis l'autre bord. Parlant de ce qui le fait mourir, il évoque ce par quoi il a vécu. Sa voix semble dire : «Ecoute-moi, parce que je suis toi.» C'est la voix qui fait l'histoire, pas ce qu'elle raconte.
Je vais essayer de raconter cette histoire. Notre histoire. Mon histoire. Ce serait une vilaine histoire, même si on pouvait en supprimer la fin. Une femme déjà un peu morte traînant une petite fille triste par la main. Elle l'emmène voir le docteur de la tête, le docteur des mots. Il la prend, la jette. Avec amour et abjection, il l'écoute, deux ans et demi. Il n'entend rien et la perd. Ce serait une histoire triste, sinistre, dont rien ne rachèterait la mélancolie, même pas ce sourire par lequel Marilyn semblait s excuser d être si belle.
Sous le titre rewind souligné trois fois, on pouvait lire ce bref morceau d'un récit inachevé. Ecrites à la main à une date inconnue, ces lignes furent retrouvées dans ses papiers à la mort du Dr Ralph Greenson, le dernier psychanalyste de Marilyn Monroe. C'était sa voix qu'avait entendue l'officier de police Jack Clemmons, de veille au commissariat de West Los Angeles la nuit du 4 au 5 août 1962, lorsqu'un appel venant du quartier de Brentwood avait retenti à quatre heures vingt-cinq du matin. «Marilyn Monroe est morte d'une surdose», avait déclaré une voix d'homme éteinte. Et lorsque le policier abasourdi avait demandé : «Quoi ?», la même voix, forcée et presque emphatique, avait répété : «Marilyn Monroe est morte. Elle s'est tuée.»
De Michel Schneider - 07/11/2006
Michel Schneider - 30/08/2006
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