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Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : POL, Paris, France
Auteur : Camille Laurens
Prix : 19.90 € / 130.54 F
ISBN : 978-2-84682-121-6
GENCOD : 9782846821216
De Camille Laurens - 01/10/2006
Camille Laurens - 30/09/2006
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Il est réalisateur, elle est romancière. Ils savent ou croient savoir quelque chose des histoires qu'on se raconte et du cinéma qu'on se fait. Et pourtant, comment enchaîner ces deux phrases qui les lient, puis les délient, ces deux plans fixes : je t'aime - Je ne t'aime plus ? Qu'est-ce qui se passe entre deux ? Qu'est-ce qui passe - ne fait que passer ? Comment dire ce qui ne s'entend pas, comment montrer ce qui ne peut pas se voir ? C'est un roman d'amour ? Un roman de haine ? Peut-être un roman policier : on enquête sur la disparition de l'amour.
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Intérieur nuit. Un appartement, une fête. Du bruit, du monde. Les gens boivent, fument, parlent ou dansent. On voit d'abord son visage à lui, en gros plan, de face. C'est la première image : son visage, beau, dessiné, viril. Les sourcils sont très fournis, très noirs, le nez est droit, la bouche ourlée, le teint mat. Les cinéphiles présents dans la pièce pourraient penser à Marcello Mastroianni dans Le Bel Antonio, Mauro Bolognini, 1960 - ce rapprochement serait pertinent à plus d'un titre, d'autant qu'ils ont exactement le même âge, trente-six ans, si l'on veut bien oublier que l'acteur, ce soir de janvier 2003, est mort depuis sept ans d'un cancer du pancréas. Un léger travelling avant, repoussant sur les bords du cadre la foule enfumée, s'approche encore de cet homme que personne ne vient masquer même un instant - le monde fait de la figuration dans un magma sonore.
Ce qui trouble, c'est son regard, parce qu'on se demande ce qu'il regarde. Comme il est de face, normalement c'est vous, spectateur, témoin, opérateur - mais vous ne pouvez pas croire cela : vous savez bien, dans l'ombre où vous vous tenez, qu'il ne vous voit pas, et que d'ailleurs vous ne sauriez susciter à première vue un regard d'une telle intensité - qui êtes-vous, anonyme, pour être à ce point désiré ? Car ce qui frappe dans ce regard, ce qui sidère, c'est qu'il est comblé, totalement et mystérieusement ravi par une chose invisible à vos yeux, et, d'une certaine manière, aux siens : tourné vers vous, il fait face à l'espace vide laissé entre lui et vous, l'ombre de vous. Il n'y a donc pas d'objet dans le champ de son regard, c'est un regard comblé de quelque chose qu'il regarde sans le voir, d'une chose absente.
Et pourtant non, c'est impossible : l'absence ne peut donner vie à un tel regard. Il faut qu'une forme nécessairement l'explique, qu'une image splendide en justifie l'extase. La caméra a beau se rapprocher, le gros plan ne saisit rien dans cet oeil enchanté, rien que le point jaune d'une lampe au loin sur un meuble - lumière sans quoi la scène resterait invisible - ou, plus vague encore, la tache argentée d'une glace accrochée au mur. Qu'a-t-il surpris dans ce miroir, quel reflet auquel il sourit ? On l'ignore.
Patrick Grainville - Le Figaro du 12 octobre 2006
Ni toi ni moi : le titre sépare ! C'est un miroir brisé, un constat froid et fatal, un regret, un dépit vengeur, un deuil, une lucidité... Le contraire de l'idylle partagée, chantée dans les fameux poèmes du recueil Toi et moi de Paul Géraldy dont raffolaient nos grand-mères...
La construction du livre est éclatée, composée des multiples facettes d'un jeu de miroirs entre roman, cinéma, théâtre, sous l'emblème d'Adolphe de Benjamin Constant. Mais cela n'a rien de formellement gratuit et ne crée nul casse-tête. Car il faut justement multiplier les angles, creuser leurs clartés plongeantes pour approcher «l'angle mort», cette porte primordiale et noire.
Nathalie Crom - Télérama du 2 septembre 2006
Parce que tout amour porte en germe la promesse du désamour, parce que ce désamour est peut-être tout simplement une des facettes de l'amour, son ultime déclinaison, il n'est pas surprenant de croiser Camille Laurens sur ce terrain : après avoir déployé le nuancier du sentiment amoureux avec Dans ces bras-là, tenté d'en définir l'essence dans L'Amour, roman, l'heure est venue d'en découdre avec sa défaillance. «Voilà mon projet, d'une façon ou d'une autre : enquêter sur la disparition de l'amour», prévient-elle dans Ni toi ni moi.
Pour cela, elle se choisit une figure tutélaire : Adolphe, le personnage de Benjamin Constant, séducteur et fuyant, contre l'inconstance duquel vint se fracasser la tendre Ellénore... Construction romanesque subtile et savante, pleine d'ironie et de gravité, Ni toi ni moi fonctionne comme un jeu de miroirs...