Amis lecteurs, pour chaque livre présenté sur passagedulivre.com, nous valorisons notamment un court passage de l’ouvrage. Ces extraits, associés aux quatrièmes de couverture, sont repris par le site fnac.com, partenaire de passagedulivre.com. Fnac.com reprend également l’ensemble de nos contenus écrits et audio : mots de l’auteur, revue de presse, entretiens audio, lectures à voix haute (réalisées par la Compagnie Eulalie).
Vous pouvez acheter directement sur Passagedulivre.com les livres de votre choix (en partenariat avec fnac.com)
Amis éditeurs, une page de ce site a été spécialement conçue pour vous, pour répondre à vos questions : la foire aux questions.
Bonne visite sur Passagedulivre.com !
Date de saisie : 00/00/0000
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Seuil, Paris, France
Auteur : Alain Fleischer
Prix : 22.00 € / 144.31 F
ISBN : 978-2-02-089284-1
GENCOD : 9782020892841
De Alain Fleischer - 02/09/2006
Alain Fleischer - 25/08/2006
Télécharger le MP3
De Julien Saada - 21/12/2006
Julien Saada - 21/12/2006
Télécharger le MP3
Si ce livre peut être considéré comme un roman, c'est dans la mesure où toute initiation, toute expérience formatrice, entre en dialogue avec l'imagination dès le moment vécu, puis dans le souvenir et tout au long de l'existence. Dans ce récit strictement autobiographique, tout l'effort consiste à retrouver et à restituer avec leurs composantes contradictoires les circonstances, l'état d'esprit, les états de corps, les sentiments, les sensations, les pulsions, d'une aventure amoureuse et sexuelle qui est celle de la première fois. Cela se passe à Londres en juillet 1957, alors que l'auteur, âgé de treize ans, séjourne dans une famille pour apprendre la langue anglaise. Pendant quelques jours, cohabitent violemment dans le même être le désir érotique pour une jeune fille de sept ans son aînée, et la volonté farouche de rester un petit garçon en culottes courtes, attaché à son univers d'enfance. Alain Fleischer interroge le mystère d'une relation et d'événements dont la force a déposé une empreinte d'une précision insoupçonnée, que seule l'écriture, dans sa fonction archéologique, permet de faire émerger des sables de la mémoire.
Commander ce livre sur Fnac.com
Bien sûr, il y a toujours eu des ouvertures de culottes courtes, flottantes, qui ont attiré en haut des jambes des garçonnets le regard de certains messieurs - les femmes n'y trouvant pas encore un intérêt suffisant - que l'on appelait jadis des vicieux, et qu'aujourd'hui on nomme plus savamment des pédophiles, réactivant ce terme resté longtemps inerte, dans l'ombre de celui de pédéraste. Je fus personnellement confronté à un tel travers, dans un magasin de jouets, avenue de Versailles à Paris, «Le Lutin bleu», où j'achetais mes Dinky Toys, les plombs pour mon pistolet Pneuma-Tir, les recharges pour les propulseurs de fusées Jetex et les balles en caoutchouc-mousse reliées à un long fil élastique pour ce succédané du jeu de pelote basque qu'était le Jokari, lorsque le marchand, qui me connaissait bien - un homme voûté, proche de la retraite, toujours en blouse comme un instituteur au regard libidineux caché derrière des verres épais où ses yeux apparaissaient comme des poissons décolorés dans l'eau trouble d'un bocal - profita d'une visite que je lui fis non accompagné de ma mère pour m'attirer dans l'arrière-boutique et y tâter mes cuisses un peu trop haut, sous prétexte d'en admirer les jeunes muscles, et esquisser un attouchement qui conduirait aujourd'hui devant un tribunal. Cet incident m'avait certes gêné, mis mal à l'aise et vaguement dégoûté, mais il ne m'avait pas traumatisé outre mesure - me confirmant d'ailleurs qu'il y avait bien là, dans les culottes des garçons, quelque chose d'intéressant, un organe prometteur d'expériences et d'émotions, dont j'aurais tôt ou tard à faire usage à mon profit -, me déterminant seulement à changer de fournisseur de jouets, puisque à l'époque il y avait d'autres boutiques dans le quartier...
Bernard Géniès - Le Nouvel Observateur du 5 octobre 2006
Le sentiment n'apparaît ici qu'en filigrane. Cet enfant qui ne porte pas encore de pantalon mais nourrit un intérêt certain pour la culotte est en effet partagé entre deux mondes. Car tandis qu'il continue à mener son existence de gamin rythmée par les jeux et les jouets, il n'en est pas moins le témoin d'une autre histoire. Les dernières pages du livre, récit du voyage que l'adolescent effectue dans le pays natal de son père, la Hongrie, réduisent à néant l'expérience du séjour anglais. En lisant la plaque d'un monument aux morts sur laquelle figure le nom d'une dizaine de Fleischer disparus en 1944, le narrateur en vient à penser que son séjour londonien n'était que «simulacre, supercherie et imposture». Faut-il comprendre que le roman l'est aussi ? Il le serait, n'étaient ces ultimes images de Hongrie : du néant qu'elles incarnent surgit un commencement.
Eric Loret - Libération du 14 septembre 2006
[...]
On plonge dans cet océan de plus de six cents pages comme dans ses propres souvenirs, mais plus chatoyants, dans sa propre âme mais unifiée, on découvre de nouveaux plaisirs en lisant de nouvelles façons de les dire, telle cette pratique sexuelle qu'on ne nommera pas et que Fleischer décrit comme «le mouvement d'un récit, une douceur qui serait celle de quelque chose qu'on raconte à mi-voix, un secret, la douceur d'une histoire ancienne, enfin avouée, une douceur qui se décrirait elle-même, qui raconterait sa propre origine, son objet, son objectif». C'est qu'il s'agit, précise la quatrième de couverture, d'un «récit strictement autobiographique». En effet, rien de vrai ici, tout est littérature. Voilà en quoi il est «strictement» autobiographique, puisque tout entier dans l'acte scripturaire, rejoué, enluminé, déployé sur le temps qui sépare l'écriture de la vie, fruit d'un autre moi que celui que nous manifestons dans nos habitudes, etc.
[...] Osera-t-on dire qu'Alain Fleischer donne là un de ses plus beaux textes, car un des plus généreux ? Certains ont pu d'autres fois lui reprocher des longueurs, ou de lasser par jeux d'esprit et répétitions, mais on ne quitte, comme le narrateur Barbara, cet Amant en culottes courtes qu'à regret. C'est un flot qui emporte la lecture, dont on ne sort la tête que pour jubiler, apostropher seul l'écrivain, comme s'il était avec nous, comme si nous étions lui.
Gilles Heuré - Télérama du 2 septembre 2006
La première des précautions serait sans doute de prévenir le lecteur que ce livre n'est pas un manuel de dépucelage, mais d'abord un récit sur la mémoire, un travail d'écriture qui redessine les cercles concentriques d'un épisode amoureux lointain - donc très proche. Alain Fleischer étant aussi un homme d'image, photographe et plasticien, on dira que ce livre évoque plus l'exigence d'un cinéaste comme Luigi Comencini que les farces d'A nous les petites Anglaises. Et, comme dans un film de Hitchcock, la révélation du drame, ici de la volupté, ne peut surgir qu'une fois le décor planté et les personnages campés.
Le premier baiser entre notre jeune héros et sa proie, à moins que ce ne soit l'inverse, n'intervient qu'à la fin du premier tiers du livre, les deux autres tiers laissant évidemment libre cours aux gestes plus accomplis... L'Amant en culottes courtes est une éblouissante variation sur le geste amoureux, une révérence faite aux silences où s'enferment les souvenirs et à la fuite du temps, que le travail d'écriture tente de conjurer. Servi par un humour subtilement emprunté à nos voisins britanniques et porté par un style virtuose, ce roman est une plongée dans la carte du tendre, une ode au ravissement amoureux et l'exacte photographie d'un moment inaugural. Un livre de grande personne, destiné à celles et ceux qui savent qu'on ne passe pas impunément des bluettes de la comtesse de Ségur aux onze mille délires d'Apollinaire. Au bout de ces six cents pages, l'amour reste naturellement une évidence, une promesse et une énigme.