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Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Seuil, Paris, France
Auteur : Pavel Hak
Prix : 15.90 € / 104.30 F
ISBN : 978-2-02-084252-5
GENCOD : 9782020842525
De Pavel Hak - 30/08/2006
Pavel Hak - 30/08/2006
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Cela commence dans un pays d'Asie indéfini, vaste morgue gelée dont Wu Tse veut s'échapper. Il y parvient, travaille dans un chantier pour réunir l'argent nécessaire à son passage vers un pays riche. Piégé par un habile entrepreneur, il fait la rencontre d'une jeune femme, la belle Kwan, avec qui il monte un coup pour payer un départ accéléré. Mais le cargo prend l'eau. Wu Tse échoue sur une côte africaine, trouve sur sa route un médecin fou, une équipe scientifique, une tribu anthropophage. Au terme de ses tribulations, il aboutit dans un aéroport occidental. Arrêté à la douane, placé en centre de rétention, il réussit à s'évader. Dans les docks d'un port, il recherche Kwan, petite lueur à l'horizon.
Une fresque époustouflante sur les nouvelles réalités du monde actuel ou à venir, avec ses tyrannies ultra-sécuritaires, ses flux migratoires, ses clandestins, son exploitation des corps, ses trafics, ses corruptions, ses épidémies, ses virus. Le roman n'est jamais aussi réaliste que lorsqu'il se permet d'être visionnaire.
Pavel Hak est né en 1962 en Bohême. Il est l'auteur de trois livres, tous publiés chez Tristram, Safari (roman, 2001), Sniper (roman, 2002) et Lutte à mort (théâtre, 2004).
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Système de surveillance implacable.
Leurs yeux épient la rue. Prêts à transgresser l'interdit, ils autopsient les cadavres gisant là où la mort les a fauchés. Le trajet à parcourir, les jambes du mort à attraper, tirer pour détacher le corps du sol gelé, reculer en traînant la prise convoitée jusqu'à la bouche d'égout où il faut s'engouffrer avant qu'une balle ne fracasse la boîte crânienne du voleur : action presque impossible à réaliser. Mais la faim jette dans l'action impossible même les plus faibles. Tous, sans prendre de décision, décident d'ignorer l'interdit. Comment tromper la vigilance des soldats ? Quelle stratégie choisir ? Un assaut désespéré semble le plus approprié. Et les hommes affamés s'y préparent, sans avoir la force pour le réaliser. Manquant d'énergie musculaire. Privés d'énergie mentale.
Humains condamnés à disparaître.
Proies désarmées du pouvoir hyperarmé.
Sans déjouer le système de surveillance, sans trouer les barrières de l'oppression, les affamés n'ont aucune chance de se procurer de la nourriture. Mais s'ils ne s'en procurent pas, les températures polaires (descendues encore plus bas cette nuit) les transformeront en blocs de chair gelée, gisant à l'endroit où l'attente les a trahis. Car sans manger ne serait-ce qu'une racine d'herbe personne ne peut survivre. Et les affamés le savent.
Nécessité d'agir. Impatience.
Rue étroitement surveillée.
Mains tremblantes. Nerfs à vif.
Trop longue attente. Angoisse.
S'il n'avait pas fait l'expérience de la machine étatique, Wu Tse ne saurait pas non plus comment agir. Mais, quelques mois auparavant, on ne sait par quel hasard, l'officier Deng Zhou l'avait choisi dans la foule de demandeurs d'emploi: l'occasion inespérée de gagner quelques bols de riz. Cela faisait dix-sept jours que Wu Tse n'avait rien mangé. L'herbe, arrachée par des mains osseuses, mâchée par des bouches voraces de squelettes au seuil de la mort, avait disparu aussitôt après les animaux domestiques, les chiens errants, les rats. À cette époque, poussé par la faim et le désespoir, Wu Tse, comme n'importe quel membre de la population exaspérée par le sort qui était le sien, était depuis longtemps prêt à se nourrir de morts (malgré l'interdiction du régime). Mais il ne savait pas où en trouver. Le premier jour de travail sous le commandement de l'officier Deng Zhou, Wu Tse comprit les impératifs de l'action.
- Enfilez vos gants de caoutchouc, hurla l'officier Deng Zhou. Et montez vite dans la cabine de votre camion d'éboueurs.
Wu Tse exécuta les ordres.
Claire Devarrieux - Libération du 12 octobre 2006
Tous les textes de Pavel Hak racontent des luttes à mort. La différence, entre la pièce et le roman, c'est que Trans, loin d'être un carnage limité dans le temps et l'espace, est une odyssée.
Une odyssée délirante, bien sûr, l'auteur restant fidèle à sa manière...
Il y a un côté bande dessinée dans ces aventures en série, c'est Tintin au pays des mauvais coups et du viol. Mais Tintin infiniment triste, épuisé, lassé de son humaine condition...
L'auteur place à intervalles réguliers, de manière à encadrer les épisodes, des phrases généralement nominales. Elles vont par deux, elles ont un rythme, une pulsation, ce sont des pensées incrustées, ou bien des condensés d'action, des intertitres de cinéma...
Ces citations, évidemment, ne rendent pas compte de la violence extrême de Trans. Comme toujours chez Pavel Hak, il s'agit d'une violence désarmante.
Franck Nouchi - Le Monde du 28 septembre 2006
Comme hypertendu entre la fiction et le réel, voilà un roman à très haute tension. Haletant, violent, insoutenable parfois ; une sorte d'allégorie de la violence, de toutes les violences du monde. Après Safari (2001), Sniper (2002) et Lutte à mort (2004) (1), Trans est le quatrième roman de Pavel Hak. Il confirme l'étonnant talent de cet écrivain d'origine tchèque, exilé en France depuis une vingtaine d'années...
Est-ce ainsi que les hommes vivent ? C'est, livre après livre, toute l'ambition de cet écrivain singulier : donner à voir, à ressentir, à vomir, la violence et l'injustice du monde ; construire une fresque implacable des nouvelles réalités planétaires, actuelles ou à venir. Réaliste et visionnaire à la fois, il propose une écriture de la sensation et de l'image qui n'a guère d'équivalent dans la littérature contemporaine. On ressort de Trans abasourdi. Au milieu de l'extrême noirceur de ce chaos, une petite lueur tout de même, le fol espoir de Wu Tse de retrouver, quelque part au milieu des immenses docks d'un port occidental, sa chère Kwan.