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.. L'amour comme on l'apprend à l'école hôtelière

Couverture du livre L'amour comme on l'apprend à l'école hôtelière

Date de saisie : 00/00/0000
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : POL, Paris, France
Auteur : Jacques Jouet

Prix : 22.90 € / 150.21 F
ISBN : 978-2-84682-159-9
GENCOD : 9782846821599

 
 
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De Jacques Jouet - 09/10/2006
Jacques Jouet - 09/10/2006

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4ème de couverture

Avant de nourrir et d'héberger, l'hôtel et le restaurant se doivent d'être les lieux rêvés de l'amour. C'est là la conviction de Georges Romillat, jeune professeur d'amour à l'Ecole hôtelière. Avec une de ses élèves qui devient sa femme, il fonde l'Hôtel du Large afin que la pratique ressemble à la théorie. L'imprévisible imprévu voit la naissance d'un fils phénoménal : Sylvain, enfant prodige et prodigue, champion du sexe précoce, de l'homosexualité, de la mythomanie, du spectacle-roi, du bonheur marginal, de la générosité et de l'irresponsabilité financière (liste non close). Le roman familial qui traverse les " Trente glorieuses ", la guerre d'Algérie, Mai 68 et jusqu'aux années sida et à l'euro, voit pour finir la chute de la maison du Large laminée par l'apparition des grandes chaînes hôtelières.

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Passage choisi

1940 et la France défaite, Georges Romillat, sa mère et sa soeur Julie gagnèrent l'Anjou des origines paternelles afin d'y vivoter la tête dans les épaules. Toute la beauté de Romillat mère fut brûlée dans l'éducation des deux enfants. Sans doute aurait-elle pu s'y multiplier, mais Joséphine pre­nait tout ce qui arrive par l'anse de la seule virtualité catastrophique, chose qui use. La guerre passa, trop longue évidemment. La conjoncture bougeait avec une lenteur que nul ne pouvait apprécier sans désespoir. Et puis le beurre et le savon revinrent jouer leur rôle dans la toilette et la cuisine comme si de rien n'avait été.
À l'âge de quatorze ans (mais il en annonçait quinze), sans rien demander à personne, Georges quitta l'école et le domicile familial pour se placer en apprentissage dans un restaurant des Ponts-de-Cé, le Pot de Terre. Il commença par les lavages : la plonge et la salade, les boyaux du boudin quand on tuait le cochon. Deux mois plus tard, il savait sept plats de tradition. Le ragoût, la matelote de tanche, le civet de lièvre et sa liaison au sang, le civet bonne femme, le salmis de perdreaux, la perdrix aux choux et la gibelotte. C'était en pleine période de braconnage généralisé puisque l'état de guerre encore si proche interdisait les armes privatives. Gagnant la confiance du patron, il tâta des collets et, plus rarement, du fusil à un coup qu'on ne sortait que peu et lequel épaulant Georges n'était que maladroit, préférant de très loin, si l'on peut dire, la proximité des fourneaux. Quoiqu'on lui dît et répétât qu'il avait de qui tenir, il regardait avec défiance les apprêts de gâteaux et les entremets, qu'il n'arrivait pas même à goûter, aux moments cruciaux de la fabrication.
- Ça ne m'embête pas du tout, disait Joséphine, qui devait à la pâtisse­rie les meilleurs et les pires moments de son existence. Tu fais ta route à toi. Tu n'as de comptes à rendre à personne.
- Maman, regarde bien, en revanche...
Georges transmit à sa mère comment refaire du sang de lièvre avec des caillots, en les désagrégeant à la fourchette et les délayant dans un vin rouge épais. Bientôt, il apprit tout sur les abats et put s'acheter un vélo.

 
 
Revue de presse

Jean-Baptiste Harang - Libération du 31 août 2006
Le livre n'est pas mince, vingt-huit cahiers de seize pages, de quoi lire, et pourtant, un long moment, on se contente d'en méditer le titre, comme s'il était à lui seul un roman ouvert, à la discrétion inventive de chaque lecteur. On ne savait pas que l'amour s'enseigne dans les écoles hôtelières, alors qu'il suffit d'avoir fréquenté quelque peu les hôtels pour comprendre qu'à l'évidence, il y a matière. C'est un roman, un gros roman, qui commence, comme il se doit, par un avertissement qu'on croit rituel avant qu'il ne s'évade avec son dernier mot : «Toute ressemblance des personnages de ce roman avec des personnes existant, ayant existé ou existant dans le futur et le concret ne saurait être que le fruit de la potentialité.» «Potentialité» nous rappelle que Jacques Jouet est un membre éminent de l'Oulipo, Ouvroir de Littérature Potentielle, mais, dès la première phrase du récit, on l'oublie pour longtemps, jusqu'à l'épilogue où il faudra bien s'expliquer sur les fruits de cette potentialité : «Le deux février 1930, à six heures du matin, naquit Georges Romillat entre les cuisses de sa mère. Elle dira volontiers, sa vie durant, qu'il vint dès le début jouer entre ses jambes», ce ton de narration va nous tenir éveillés pendant quatre cents pages, quatre cents pages d'histoires humaines, drôles, parfois loufoques, grandeur et décadence du sentiment hôtelier sur deux générations. Romillat n'est pas le premier venu, on l'a croisé quelquefois dans d'autres livres de Jacques Jouet. L'histoire de Georges d'abord, puis de Sylvain, à travers un demi-siècle d'Histoire de France.

 
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