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Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Galilée, Paris, France
Auteur : Hélène Cixous
Prix : 25.00 € / 163.99 F
ISBN : 978-2-7186-0716-0
GENCOD : 9782718607160
De Hélène Cixous - 16/09/2006
Hélène Cixous - 15/09/2006
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Les derniers temps me dis-je je n'ai pas arrêté de sentir que tout a changé, tout ce que j'appelle «tout» confusément, a commencé à se passer tout autrement qu'avant les Evénements que je discerne maintenant comme causes d'un changement radical, c'est-à-dire d'un changement aux racines mêmes de mon être. Depuis trois ans je découvre tous les jours autrement et plus nettement, cela va s'ajoutant de jour en jour, que par suite des Maladies qui sont advenues à deux de mes personnes chères, il s'est produit des phénomènes de transformation du tout de tout, et de toutes les parties du Tout, ce dont j'ai pris conscience graduellement.
Tout d'un coup, mais je ne m'en suis pas aperçu sur le moment, je suis passée sous le régime des «derniers temps» je veux dire les ultimes, ceux qui vont venir, mais qui ne sont pas sans connivence avec «les derniers temps» ceux qui viennent de se passer. Les uns s'éloignent vers le passé, les autres s'éloignent dans l'avenir.
La différence entre les derniers temps ultimes et les temps derniers c'est que ces derniers ont une date, alors que les ultimes, non.
Les ultimes, j'y suis, maintenant je le sais d'un sans savoir sauf par tous mes sens. Ces temps se divisent en deux étendues de temps mouvantes, instables, comme deux continents transparents qui tour à tour s'adjoignent se mêlent, se mélangent, se dissocient, comme nos deux tours n'en font qu'une à deux âmes dans notre corps. Il y a le temps d'avant l'interruption de ma mère. Il y a le temps d'après l'interruption de mon ami. Je suis paradoxale dorénavant. C'est un état très difficile.
Marine Landrot - Télérama du 4 octobre 2006
Au lieu de s'égarer, de s'éparpiller, Hélène Cixous se ramasse et se condense. A force de distance, elle développe une proximité envers ses défunts d'hier et de demain, qui lui dispensent leur enseignement essentiel. Son angoisse de la perte change alors de nature : après avoir craint la disparition des vivants, elle craint l'évaporation des morts. Agrippée aux revenants qu'elle convoque avec une tendresse affolée, la voilà qui savoure chaque minute de la vie avec une frénésie loufoque. Car il y a beaucoup de malice dans ce livre essentiel, beaucoup d'humour sous la douleur poétique. Hélène Cixous est spirituelle, dans tous les sens du terme. Elle s'élève en toute humilité, mue par une conviction : «Ne pas se prendre pour plus vivant ni plus capable que ceux de l'autre côté. Voilà le secret.»
René de Ceccatty - Le Monde du 8 septembre 2006
Certains lecteurs ont perdu le sens musical, celui qui leur permettrait de retrouver, chez un auteur, les tonalités familières qui leur donneraient le sentiment d'être en sécurité, le temps de la lecture. Les mélomanes connaissent bien cette sensation qui fait que, entendant pour la première fois une pièce musicale, ils l'attribuent sans difficulté à un compositeur. Hélène Cixous, pour être lue et aimée, demande que les lecteurs récupèrent cette faculté. Elle a construit son oeuvre, contrairement aux préjugés qui traînent encore et qui en ont interdit l'accès à ceux qui seraient prêts à y entrer, avec une parfaite liberté [...]
Le vieillissement d'un être cher ne peut être aussi que le nôtre. La Peau d'Eve devient alors l'image visible du temps. "Tu es le temps", répète Hélène à sa mère. Et le livre tout entier apparaît comme un chant lyrique adressé au temps. "Quand je peins ma mère, je peins la peau du siècle. Ce vingtième siècle si grand vu de loin, si petit vu de l'intérieur quand on est dans son wagon archiplein à ramper pour trouver une couchette et qui n'a pas arrêté un instant de faire l'histoire de ma mère. Chaque fois qu'un ulcère cicatrise il y en a un autre qui prend la suite du pus. On ne peut pas guérir." De ce temps circulaire se détachent quelques dates, quelques événements. Non pas seulement l'année 1971 où Eve Klein a dû quitter l'Algérie où elle avait vécu, en exerçant le métier de sage-femme. Mais des dates qui appartiennent à un "patrimoine de l'humanité". La particularité du "ton Cixous" est qu'avec le plus grand naturel, l'écrivain passe de tableaux intimes et familiaux à des analyses politiques et culturelles. De la scène intime à la scène publique. C'est, du reste, une des leçons du Théâtre du Soleil, qui pour toute évocation d'un drame historique ou politique a, en général, préféré le langage individuel, de personnages obscurs à la représentation démonstrative des grands de ce monde [...]