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Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Grasset, Paris, France
Auteur : Philippe Dagen
Prix : 17.90 € / 117.42 F
ISBN : 978-2-246-71281-7
GENCOD : 9782246712817
De Philippe Dagen - 21/09/2006
Philippe Dagen - 20/09/2006
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Il était une fois un poète moderne, boxeur, critique d'art, neveu d'Oscar Wilde, qui avait hanté les mémoires des dadaïstes et des surréalistes. Il se faisait appeler Arthur Cravan. On date sa mort de la fin de 1918. Se serait-il noyé dans le Rio Grande, à la frontière du Mexique et du Texas ? Nul ne le sait vraiment.
Admettons maintenant l'hypothèse romanesque de Philippe Dagen : Arthur Cravan n'est pas mort noyé. On l'a vu retraité anonyme sur les rives du Léman, à Genève, amant d'une très jeune femme. Le poète-boxeur y rédige ses mémoires : l'histoire d'une vie, multiple, désordonnée : combats de boxe et femmes aimées, parties fines avec Marcel Duchamp et Henri-Pierre Roché, amitiés avec Francis Picabia et Félix Fénéon, fâcheries brutales avec Robert Delaunay et Marie Laurencin.
Quelle fut donc la logique de cet homme à éclipses ? L'ennui, le goût de la tromperie, le désir d'échapper à soi, la folie singulière d'un transfuge de l'art ?
Philippe Dagen réinvente ici la vie secrète et véritable d'Arthur Cravan par lui-même : le journal d'un fantôme.
Philippe Dagen est l'auteur, chez Grasset, de romans et d'essais : La Guerre (1996), La Haine de l'art (1997), Les Poissons rouges (2000) et L'Art impossible (2002).
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Je me résous à écrire parce que je ne veux pas disparaître sans avoir rien compris à moi-même et à ma vie. Je me résigne vaudrait mieux : je me résigne à écrire en espérant quelque résultat de cette méthode d'élucidation. Je n'y crois pas trop. Je me défie autant d'elle que de l'art. Je la sais approximative, douteuse, prompte à s'égarer et à se laisser leurrer. Mais aucune autre n'est à ma disposition.
Chaque point de ce paragraphe exige des précisions.
«En ayant rien compris à lui-même et à sa vie» : maintenant que c'est dit, cela m'apparaît comme une évidence, une évidence si visible qu'elle devrait être éprouvée par n'importe qui doué de raison. Non, vraiment, je ne comprends pas grand-chose à ce que j'ai fait, aux décisions que j'ai prises, aux actes que j'ai accomplis, à l'enchaînement de tout cela. A l'instant, il me semble que je suis assez éloigné de moi-même pour considérer ces faits avec détachement et je me sens comme un entomologiste auquel l'étrangeté d'un insecte inconnu serait révélée par sa loupe. Il voit, il observe, u compte; mais ni les fonctions ni la structure des organes ne lui sont intelligibles. Cette sensation d'énigme, je ne l'éprouve pas aujourd'hui pour la première fois. Je croirais plutôt qu'elle m'a accompagné des années. Si ce n'est qu'enfin je la nomme, je la tiens. Comment tout cela s'est-il passé ? Comment tout cela a-t-il été possible ? Je n'en sais rien à l'instant et je préférerais ne pas mourir sans le savoir. (Je relis ces lignes. Je me souviens mal de l'ouverture des Confessions. Mais n'est-ce pas à peu près ce qu'affirmait mon compatriote suisse ? Si ce n'est qu'il y mêlait de la religion et de la morale, alors que je me fiche autant de l'une que de l'autre. Mon projet est scientifique, exclusivement. Je veux devenir le meilleur spécialiste de moi-même. Cette dernière déclaration n'est qu'à demi comique, parce qu'il existe sinon des spécialistes de Cravan, du moins des historiens spécialistes qui ont fabriqué un joli petit mannequin à mon effigie et une jolie petite biographie à mon nom - un de mes faux noms - et qu'il faut que je remette quelque ordre là-dedans : que je me débarrasse de leurs erreurs et inventions comme d'une gangue de boue séchée autour de ce que je veux examiner.)
Guillaume Chérel - Le Point du 7 décembre 2006
Arthur Cravan n'est pas mort noyé» est autant un hymne à l'une des énigmes les plus singulières de la littérature - le producteur Gérard Lebovici s'y est essayé dans une biographie épuisée - qu'un portrait sans concession...
Grâce à Dagen, le fantôme de l'énervant Cravan nous hante encore
Gilles Heuré - Télérama du 18 octobre 2006
Cravan, ce drôle de zigue, cumulard audacieux de la Belle Epoque, est donc une énigme que Philippe Dagen ne cherche pas à résoudre. Il préfère imaginer ses fuites et ses disparitions rocambolesques, suggérer le regard - plutôt que le bilan - que Cravan porte sur sa propre vie. Et si l'on y croit, c'est bien parce que l'auteur parvient à redonner vie à ce colosse aux pieds d'artiste, excentrique en diable.