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.. La disparition de Sorel

Couverture du livre La disparition de Sorel

Date de saisie : 00/00/0000
Genre : Littérature Etudes et théories
Editeur : Grasset, Paris, France
Auteur : Pierre Lepape

Prix : 18.50 € / 121.35 F
ISBN : 978-2-246-70891-9
GENCOD : 9782246708919

 
 
Le podcasting des écrivains

De Pierre Lepape - 21/09/2006
Lepape Pierre - 18/09/2006

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4ème de couverture

«Sorel appartient au camp des vaincus. Dans la confusion des esprits et des langues d'où ont émergé l'Etat absolu et le classicisme, l'écrivain a joué hautement sa partie, celle de la liberté, avant de devoir reconnaître sa défaite. Il a payé cette résistance de sa disparition : il a été rayé de la carte. Si complètement que sa bataille elle-même a été oubliée. Effectuée de son vivant même, exécutée sans appel, la disparition de Sorel efface avec lui un territoire entier de notre littérature. La part obscure du désordre.»

Critique littéraire, Pierre Lepape a été jusqu'en 2001 le feuilletoniste du Monde des livres. Il a étudié les relations de l'écriture et des pouvoirs à travers des essais biographiques (Diderot, Champs Flammarion, Gide, Editions du Seuil). Il a récemment publié un panorama portant sur onze siècles de notre histoire littéraire, Le Pays de la littérature (Editions du Seuil).

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Passage choisi

Lorsque Michel de Montaigne entreprit la rédaction du premier livre de ses Essais, c'était pour élever un monument à la mémoire de son ami La Boétie, mort en 1563. Les oeuvres inédites de La Boétie devaient occuper le centre exact de l'ouvrage, - «le plus bel endroit et milieu de chaque paroi» - le vingt-neuvième chapitre du livre qui en comporte cinquante-sept ; et les écrits de Montaigne en constituer l'encadrement. On sait qu'au moment de la première publication en 1580, Montaigne se résolut de ne publier au centre de son premier livre que les vingt-neuf sonnets écrits par son ami, «dans sa plus verte jeunesse» et qu'en symétrie, à la place laissée vacante par l'absence du Discours de la servitude volon­taire, il inséra son célèbre essai sur l'amitié qui est aussi un essai sur l'absence.
Il s'y explique sur sa censure : «Parce que j'ai trouvé que cet ouvrage a été depuis mis en lumière, et à mauvaise fin, par ceux qui cherchent à troubler et changer l'état de notre police, sans se soucier s'ils l'amenderont, qu'ils ont mêlé à d'autres écrits de leur farine, je me suis dédit de le loger ici.»
Montaigne soustrait le Discours aux appétits de la propagande qui voudrait encore s'en emparer. Ce qui était en 1548 de l'ordre de la pensée, pure et véhémente, ne peut plus être lu ni compris dans un pays déchiré par la guerre civile, le fanatisme des clans, les passions les plus violentes et les plus aveugles. La Saint-Barthélemy a eu lieu en 1572, pré­cipitant la nation française dans un chaos sanglant. Les ennemis de tous bords de l'Etat royal, les huguenots et les factions catholiques, impriment et manipulent le texte de La Boétie pour affaiblir le pouvoir afin de mieux imposer le leur. Le mot de liberté n'a plus de sens, c'est un instrument, une arme meurtrière parmi d'autres, maniée par les ennemis les plus féroces de la liberté, ceux qui veulent asservir chacun à leur croyance. Les princes, les religieux, les peuples eux-mêmes.
L'effrayante lucidité de La Boétie est ce qui le rend désormais inaudible. Il porte la lumière sur l'inavouable. Ses contemporains, tout comme nous aujourd'hui, entonnent la complainte des victimes, des agressés, des hommes libres et fiers qui doivent, les armes à la main et le coeur en peine, défendre leur existence et leur conscience contre le fanatisme féroce de l'ennemi. Mensonges et balivernes : les candidats au despotisme sont aussi nombreux que les esclaves en puissance : ce sont les mêmes. Ils se dévorent entre eux pour savoir qui sera le maître du champ de ruines et tiendra les autres en servage, corps et âmes.

 
 
Revue de presse

Patrick Kéchichian - Le Monde du 6 octobre 2006
Pierre Lepape, ancien feuilletoniste du "Monde des livres", n'est ni un spécialiste au sens universitaire du terme ni un égaré. L'essai qu'il consacre à Charles Sorel, auteur du second rayon, qui oeuvra principalement dans les quelques décennies précédant l'accession de Louis XIV au trône (1643), quelque part entre la Renaissance finissante et les prémices baroques du classicisme, n'obéit pas aux normes académiques. Pas de notes ni d'index, pas davantage de bibliographie, mais un récit engagé, de parti pris, sur la vie et l'oeuvre d'un "irrégulier" de la littérature, d'un "homme libre" qui se plut à brouiller par avance les catégories futures, à excéder les définitions et à subvertir les genres...
Les hypothèses qu'avance alors Pierre Lepape forment l'essentiel de son livre, qui brosse, avec le même pinceau, un tableau informé et passionné de cette époque littéraire. Un certain visage de Sorel se dessine et en même temps s'efface. Celui d'un écrivain certes impuissant, certes dépassé par son temps, mais luttant orgueilleusement contre les illusions et les vanités littéraires que le monde ne cesse d'exalter.

 
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