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.. Un pont d'oiseaux

Couverture du livre Un pont d'oiseaux

Date de saisie : 00/00/0000
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Gallimard, Paris, France
Auteur : Antoine Audouard

Prix : 21.00 € / 137.75 F
ISBN : 978-2-07-077953-6
GENCOD : 9782070779536

Le podcasting des écrivains

De Antoine Audouard - 29/09/2006
Antoine Audouard - 28/09/2006

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Lectures

De Xavier Clion - 21/12/2006
Xavier Clion - 21/12/2006

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4ème de couverture

Une légende vietnamienne raconte que l'étoile du soir et l'étoile du matin sont amoureuses mais ne peuvent jamais se rencontrer. Deux fois par an, les corbeaux font un pont par-dessus la Voie lactée et leur permettent de se réunir. En 1945, Pierre Garnier s'engage pour aller combattre en Indochine. Il y devient le correspondant du journal des troupes françaises en Extrême-Orient. Alors qu'il éprouve une même répulsion pour le colonialisme français et pour le communisme viêt-minh, les hasards de liaisons amoureuses violentes et sans espoir et ceux de la guerre le mèneront d'un bout à l'autre du pays, jusqu'à la défaite. La vie de Pierre est reconstituée par son fils André, le narrateur, qui l'a très peu connu. Au Vietnam, André arpente les rues et convoque des fantômes pour recomposer l'histoire d'une génération humiliée par la défaite de juin 1940, qui rejoignit l'Indochine à la Libération afin d'y rétablir une " certaine idée de la France ", et dont l'espoir se perdit quelque part entre Diên Biên Phu et les Aurès. Le voyage d'André à la recherche de ce père qu'il découvre trop tard nous entraîne au contact d'un univers colonial fascinant et hostile, peuplé de personnages de roman nommés Leclerc et Hô Chi Minh, d'Argenlieu et Giap, mais aussi dans la sensualité d'histoires d'amours impossibles, le mystère de secrets qui séparent les êtres et les pays - à moins qu'un pont d'oiseaux ne traverse le ciel.

Antoine Audouard est né en 1956. Il est l'auteur de plusieurs romans, dont Adieu, mon unique et La peau à l'envers.


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Passage choisi

Je passai l'essentiel de ses dernières semaines auprès de lui. Mon fils entrait dans la chambre et jouait tout seul au mikado, agenouillé au pied du lit.
La jeune fille silencieuse était assise aux côtés de mon père, tricotant une écharpe, jetant un coup d'oeil sur nous par-dessous ses aiguilles. Elle lui donnait à la cuiller des purées ou des entremets au caramel, l'aidait à tremper ses lèvres dans un verre de bière fraîche sans alcool. Arrivée comme baby-sitter, elle était restée comme infirmière, gouvernante et que sais-je encore. Tout ce que je savais d'elle est qu'elle était née au Vietnam. «Comme moi ?» lui avais-je dit un jour et elle avait simplement hoché la tête; l'addition des silences de nos vies ne créait aucune intimité entre nous.
Elle se penchait vers lui et il avait ce geste hésitant, avançant la main pour lui toucher les cheveux. Elle lui caressait le bras et l'embrassait, il murmurait, ou peut-être ses lèvres bougeaient seulement. Une fois je l'entendis dire : «Non.» Puis : «Pourquoi pas ?» Il avait les yeux dans le vague et je pensai que, sans doute, il voulait la retenir. J'eus une nausée de jalousie : voilà que jusque dans la mort il en aimait une autre - une étrangère - plus que moi.
J'étais hanté par les rides larges de son front et celle enfantine, qui venait barrer son menton, comme si elles recelaient des secrets où j'étais enfoui. Sans cesse j'étais rat­trapé par des fragments de souvenirs. Une nuit - était-ce celle d'avant sa mort ? ou quand le médecin avait utilisé ce mot de «délivrance» ? - comme je somnolais sur le fauteuil à côté de son lit, je fus réveillé par sa rumination : (...)

Revue de presse

Duong Thu Huong - Le Figaro du 26 octobre 2006
Je crois que l'auteur a porté le livre en lui depuis longtemps, qu'il a attendu l'opportunité d'une accumulation obsessionnelle devenue impossible à endiguer et suffisamment puissante pour trouver au bout du compte sous quelle lumière il peut l'exposer...
En allant à la recherche du père absent pour fermer la boucle de la relation immortelle entre un père et un fils, l'auteur a bâti un pont entre deux êtres, deux coeurs, mais il a aussi permis la jonction de deux générations, deux époques, deux pays...
Grâce à lui, nous faisons connaissance avec des gens venus d'ailleurs, nous les comprenons, nous pouvons pardonner leurs illusions et leurs erreurs, et, en fin de compte, nous les aimons. Parce que eux, c'est nous. Ou plutôt, nous aurions été eux si nous étions venus au monde à un autre moment. Dans ce sens, Un Pont d'oiseaux est le pont des amours.

Catherine David - Le Nouvel Observateur du 28 septembre 2006
«J'ai des choses à dire», déclare Pierre Garnier à son fils André, juste avant de passer l'arme à gauche. Les vivants taciturnes deviennent dans la mort de grands bavards. Dédié à la mémoire d'Yvan Audouard, père d'Antoine, «Un pont d'oiseaux» est un roman à plusieurs entrées. Reportage dans le passé de la France coloniale, méditation sur ce que la guerre fait aux hommes qui la font et à ceux qui en crèvent, mais aussi aux femmes qui passent par là, aux enfants à moitié abandonnés, à ce petit garçon qui joue à la guerre sur le tapis du salon, à la jeune fille silencieuse qui essuie le front de l'agonisant. Roman historique où l'on entend le fracas des bombes, les cris des suppliciés, le souffle des fantômes. Roman familial qui traverse les générations et analyse les conséquences à long terme des folies humaines.

Marc Lambron - Le Point du 21 septembre 2006
C'est l'un des plus ambitieux romans de cette rentrée. Pour son septième livre aux éditions Gallimard, Antoine Audouard, entré dans sa jeune cinquantaine, propose une fresque indochinoise qui sonne comme un requiem du rêve français. Animé du «goût irrémédiable des nostalgies antérieures», l'auteur ouvre son récit sur la mort d'un homme, au début des années 2000. Qui était Pierre Garnier ? Tout au long du récit, son propre fils va mener l'enquête sur ce disparu. L'investigation dessine le profil d'un jeune journaliste arrivant en 1945 à Saigon, frais émoulu de la Résistance, pour tomber dans le chaudron des haines coloniales : les Japonais défaits, l'apparition de Leclerc, les opérations de Massu vers le delta du Mékong, la guerre secrète du Viet-minh. Une jeunesse française ? Oui, mais à l'heure où un «peuple-dragon s'éveille et secoue ses écailles», pour jeter chacun dans des ténèbres qui ressemblent au «profond chagrin de la guerre»...
Après 1960, un rideau est tombé sur le grand genre et la vieille épopée ; il reste le roman pour recréer ce que les actes refusent. Jean-Luc Godard a coutume de dire que tout film est un documentaire sur lui-même. En ce sens, «Un pont d'oiseaux» est un documentaire sur son écriture : Audouard rend hommage aux disparus qui ont fait vivre la langue française dans laquelle il raconte une mort française. Son roman fait entendre une musique bouleversante

Gilles Heuré - Télérama du 23 septembre 2006
C'est un roman à l'ancienne, qui raconte une histoire, dans une contrée romanesque, avec des personnages fictifs qui croisent des personnages ayant existé, tout cela ancré dans une guerre d'Indochine que le roman français a jusqu'ici bien peu traitée. André Garnier part sur les traces de son père, qui, en 1945, a suivi l'armée en Indochine. Un père absent, une ombre égarée dans la tourmente d'une période que le fils, un demi-siècle plus tard, tente de comprendre.

 
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