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Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Gallimard, Paris, France
Auteur : Vincent Delecroix
Prix : 14.00 € / 91.83 F
ISBN : 978-2-07-078134-8
GENCOD : 9782070781348
De Vincent Delecroix - 03/10/2006
Vincent Delecroix - 03/10/2006
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De Xavier Clion - 21/12/2006
Xavier Clion - 21/12/2006
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Il existe plusieurs moyens de se remettre d'une rupture. Le meilleur, incontestablement, est d'écrire une biographie de Kierkegaard, un philosophe mélancolique qui n'eut qu'un seul amour, le perdit volontairement et ne cessa, dès lors, de lui parler à travers ses livres. On peut aussi conduire un minibus rempli de touristes danois. Ou aller chez le coiffeur, mais pas n'importe lequel : un coiffeur érudit, pudique, si possible peintre. Ou encore raconter des histoires pour conjurer la perte et se débarrasser des spectres.
En essayant de retrouver ce qui est perdu, on apprendra en outre : pourquoi il y a des épis de maïs grillés trop salés à la station La Chapelle, comment un chat noir peut devenir blanc, comment égarer sa femme en forêt, comment on devient lanceur de javelot, pourquoi il est nécessaire de se faire couper les cheveux quand on a l'âme en peine, quelle conduite adopter quand on se jette de la tour Eiffel, pourquoi le Triton a finalement abandonné Agnès, pourquoi on écrit des livres, pourquoi un célibataire est nécessairement condamné à la ruine financière, ce qu'est la Loi Schéhérazade, et bien d'autres choses encore.
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C'est que tu as toujours été d'une dureté aveugle à mon égard, une dureté qu'il faut bien attribuer à la paresse et à l'aveuglement que cette paresse d'esprit entraîne toujours - parce que je n'ose pas parler de bêtise, bien que j'y pense très fort. Tu n'avais tout simplement pas envie de faire l'effort de t'y intéresser, parce qu'il y avait des choses plus importantes à faire, comme acheter une nouvelle robe, retrouver ton cercle d'amis pour y parader avec cette nouvelle robe ou essayer d'imiter la moindre greluche imprimée glacée sur un magazine de mode. Parvenir à ce fond de compassion qui devait bien siéger tout au fond de toi (c'est l'hypothèse, en tout cas, que j'avais faite au début), libérer cette attention généreuse, un fond d'amour, telle était la fin que visait ce projet.
Si je t'avais directement parlé de moi, comme j'ai pu songer à le faire quelquefois, si, par exemple, et avec toute la vanité que cela comportait, j'avais écrit mon autobiographie au lieu de ma biographie (de Kierkegaard), tu ne m'aurais jamais cru et n'aurais rien compris. Comme, en fait, tu n'as jamais rien compris - mais j'avais encore de l'espoir.
Mais enfin, a dit la dame, on n'écrit pas de la littérature pour régler ses comptes avec quelqu'un, on emploie la correspondance ou le téléphone, la littérature, ça ne s'adresse pas à une seule personne. Abel a posé un moment ses ciseaux, et poussé un profond soupir.
Si j'avais fait cela, tu aurais soupçonné l'artifice de la fiction, tu te serais méfiée et tu aurais pris en mauvaise part ce que tu aurais lu. Tu aurais été prompte à recouvrir le sens de mes paroles par une interprétation en termes de stratégie déguisée, et plus généralement d'une psychologie dont je serais sorti diminué ou neutralisé à tes yeux. On n'écoute jamais les gens qui parlent d'eux. À la limite, on préfère s'intéresser aux raisons qui les poussent (ou aux buts qui les tirent) à parler d'eux - sans doute parce que ces buts ont des chances de nous impliquer, puisque c'est à nous qu'ils parlent.
Mohammed Aïssaoui - Le Figaro du 16 novembre 2006
Cette fiction tire sa force d'une étrange et délicieuse impression où les faits ont moins d'importance que les considérations existentielles du narrateur désoeuvré, sorte de road-movie métaphysique. Il a beau nous faire croire que ses propos sont futiles - le décor est un salon de coiffure -, ils sont érudits, drôles et universels, teintés d'une autodérision salvatrice...
Le jeune écrivain voue une passion pour Kierkegaard à qui il a consacré plusieurs essais et dont il a traduit du danois Exercice en christianisme (Le Félin). La vie amoureuse du philosophe comme ses écrits l'ont visiblement inspiré. Voilà pourquoi on retrouve tout cela dans ce récit, dont le titre est un clin d'oeil à François Mauriac, auteur de Ce qui était perdu, qui traitait d'un thème similaire. Mais ce roman est avant tout une histoire d'amour, ou plutôt du désamour et ses conséquences. Autrement dit, de tout ce qui peut remplir une vie sans forcément la combler.
Dominique Fernandez - Le Nouvel Observateur du 26 octobre 2006
Un pur joyau. En quelques livres, discrètement, sans tapage, Vincent Delecroix est devenu un des meilleurs écrivains de la nouvelle génération....
Après un début un peu encombré, en effet, de plomb philosophique, le livre prend son envol et finit comme un conte d'Andersen...
Pour arriver à ce constat que, «dans ce que nous appelons le réel, il y a bien plus d'absence que de présence, bien plus de choses et d'êtres qui manquent que de choses et d'êtres qui sont là. Bien plus de spectres que d'hommes». Des spectres, mais dessinés d'une plume fine et malicieuse, autant que poétique, où les choses les plus profondes sont dites avec la légèreté d'une fable.