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Date de saisie : 12/10/2006
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Seuil, Paris, France
Auteur : José Saramago
Traducteur : Geneviève Leibrich
Prix : 22.00 €
ISBN : 978-2-02-079066-6
GENCOD : 9782020790666
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Sorti le : 12/10/2006
Au lendemain des élections municipales organisées dans la capitale sans nom d'un pays sans nom, la stupeur s'empare du gouvernement : 83 % des électeurs ont voté blanc. Incapables de penser qu'il puisse s'agir d'un rejet démocratique et citoyen de leur politique, les dirigeants soupçonnent une conspiration organisée par un petit groupe de subversifs, voire un complot anarchiste international. Craignant que cette " peste blanche " ne contamine l'ensemble du pays, le gouvernement évacue la capitale. L'état de siège est décrété et un commissaire de police chargé d'éliminer les coupables - ou de les inventer. Aussi, lorsqu'une lettre anonyme suggère un lien entre la vague de votes blancs et la femme qui, quelques années auparavant, a été la seule à ne pas succomber à une épidémie de cécité, le bouc émissaire est tout trouvé. La presse se déchaîne. La machine répressive se met en marche. Et, contre toute attente, éveille la conscience du commissaire.
José Saramago est né en 1922 à Azinhaga, au Portugal. Ecrivain majeur de la littérature portugaise, son oeuvre est traduite dans le monde entier. Il a reçu en 1995 le prix Camoens, la plus haute distinction des lettre portugaises et le prix Nobel de littérature en 1998.
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La perplexité, la stupéfaction, mais aussi la raillerie et le sarcasme, balayèrent le pays de bout en bout. Les municipalités de la province, où le scrutin s'était déroulé sans incidents ni soubresauts, à l'exception d'un ou deux légers retards occasionnés par le mauvais temps, et qui avaient obtenu des résultats qui ne différaient pas des résultats habituels, quelques électeurs sûrs, quelques abstentionnistes endurcis, des bulletins nuls et blancs sans aucune signification particulière, ces municipalités-là, que le triomphalisme de la capitale avait humiliées en se pavanant devant le pays et en se faisant passer pour l'exemple même du plus authentique civisme électoral, pouvaient maintenant renvoyer la gifle à qui la leur avait administrée et rire de la sotte présomption des quelques messieurs qui croyaient abriter le roi dans leur ventre simplement parce que le hasard les avait fait vivre dans la capitale. Les mots Ces messieurs, prononcés avec un froncement des lèvres d'où suintait le mépris à chaque syllabe, pour ne pas dire à chaque lettre, ne s'adressaient pas aux personnes qui, restées chez elles jusqu'à quatre heures de l'après-midi, se précipitaient soudain pour voter comme si elles avaient reçu un ordre auquel il était impossible de résister, mais bien au gouvernement qui avait chanté victoire prématurément, aux partis qui avaient commencé à jongler avec les bulletins blancs comme s'ils étaient du raisin à vendanger et eux les vendangeurs, aux journaux et autres moyens d'information pour l'aisance avec laquelle ils passaient des applaudissements du capitole aux précipitations de la roche tarpéienne, comme si eux-mêmes n'avaient pas pris une part active à la fomentation des désastres. Les railleurs de la province avaient un peu raison, mais pas autant qu'ils le croyaient.
Christine Rousseau - Le Monde du 23 novembre 2006
Drôle, sarcastique, mais également sombre dans ses attendus, le nouveau roman de José Saramago (son quatorzième traduit en français) est, sous les dehors d'une fable - genre qu'il affectionne -, un livre de colère et de dénonciation contre un système démocratique qu'il estime dévoyé...
D'un aveuglement à l'autre, d'une prise de conscience à l'autre, ainsi navigue-t-on dans ce roman dense, sinueux, parsemé de digressions, d'adresses au lecteur, de dialogues (les conseils des ministres s'offrent comme des morceaux de choix), de jeux sémantiques, de détournement des codes du polar et du récit d'espionnage. Subversif en diable, ce roman si bien nommé est un petit bijou d'intelligence et d'humour, dont on ne saurait trop conseiller la lecture à chacun. A commencer par les politiques de tout bord.
Gilles Heuré - Télérama du 1er novembre 2006
Ce roman, une fois de plus mené tambour battant par des dialogues qui s'enchaînent sans guillemets et un récit qui bascule sans prévenir dans le fantastique, est un formidable coup de semonce contre une prétendue démocratie qui n'a de nom que le protocole électoral censé la justifier et la légitimer. Un roman politique ? Bien sûr. Quand la démocratie ne s'illustre que par ses rites électoraux et que ses ferveurs s'enlisent dans la résignation, alors s'effiloche aussi tout ce qui la retient, et l'explosion menace. La philosophie politique exige un ton respectable, Saramago utilise celui du romancier qui peut brasser les passions et rendre vraisemblables les cataclysmes.