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Date de saisie : 12/01/2007
Genre : Biographies, mémoires, correspondances...
Editeur : J'ai lu, Paris, France
Auteur : Malay Phcar
Prix : 6.70 € / 43.95 F
GENCOD : 9782290352991
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Sorti le : 12/01/2007
Le 17 avril 1975, les Khmers rouges prennent Phnom Penh et donnent l'ordre d'évacuer la ville. Malay, qui vivait jusque-là une enfance heureuse avec ses huit frères et soeurs, est déporté avec toute sa famille et des centaines de milliers de citadins. Sur la route jonchée de cadavres, il comprend mal ce qui est en train de se passer : il n'a que neuf ans. Commence alors la longue descente aux enfers de la «rééducation rurale» : cinq années de souffrances au cours desquelles Malay va perdre presque tous ses proches. De sa voix poignante d'enfant, il raconte la famine organisée, la maladie, le travail forcé, même pour les garçons de son âge.
Brutalement arraché à l'enfance, pris dans la tourmente de la déshumanisation, Malay lutte jusqu'au bout pour rester vivant.
Trente ans après, les tortionnaires Khmers rouges n'ont toujours pas été jugés pour leurs crimes, empêchant la réconciliation de tout un peuple.
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Je vois ma mère qui frappe à la vitre de la cabine du chauffeur. Elle fait des signes pour lui demander de ralentir un peu. L'homme, qui s'est retourné, sourit de toutes ses dents. Et le camion repart de plus belle. C'est comme un jeu de fête foraine. On saute sur les bosses, on retombe dans les trous du chemin, on est brinquebalé dans tous les sens, cela m'amuse. J'aimerais rire, si je ne voyais pas le regard apeuré de ma mère. Je sais que ce n'est pas un jeu, nous tous, assis dans ce camion lancé sur des routes inconnues, ce n'est pas pour nous amuser. Depuis que nous avons perdu Léa et sa famille, j'ai bien compris que tout ce qui nous arrive, ce n'est pas un jeu que les adultes auraient organisé pour nous faire une farce. On a remonté le fleuve pendant deux jours et puis on nous a débarqués à Kompong Chnang. Je ne me souviens pas très bien de l'endroit. Encore des maisons sur pilotis. Je me rappelle plutôt les crampes à l'estomac et les vertiges. Nous n'avions plus de réserves et nous avions faim. Très peu de jours après notre arrivée, des camions américains ont fait leur entrée au village. Le sigle US Army était peint sur le hayon des véhicules - je sais le lire parce que, quand j'étais tout petit, j'ai appris l'alphabet avec ma grand-mère. Il était à moitié recouvert de poussière. Au volant, c'étaient des soldats en pyjama noir, très fiers de leur prise. Ils ont imité les soldats américains en rigolant, ils faisaient semblant de mâcher du chewing-gum, se tapaient dans les mains en s'esclaffant Guivemifaïve, puis se pliaient en deux de rire. On les a regardés sans vraiment comprendre. Je sais juste qu'on ne peut rien attendre de bon d'eux. Quand ils ont eu fini leur petit sketch, ils nous ont fait monter dans les camions. Et on est à nouveau partis. C'est la nuit à présent. Les cahots de la route me donnent mal au coeur. On est tellement mal assis que personne ne peut dormir. Je voudrais que cela s'arrête. Les moteurs toussent faiblement. Puis un grand silence se fait. Nous sommes surpris, nos oreilles se sont habituées au vrombissement des camions, au bruit des essieux qui peinent dans les ornières et les trous d'obus. Le silence est si soudain et si puissant qu'on dirait qu'il vibre. Les Khmers rouges viennent ouvrir les véhicules.