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Date de saisie : 17/01/2007
Genre : Politique
Editeur : Belin, Paris, France
Auteur : Claude Lefort
Prix : 42.00 € / 275.50 F
ISBN : 2-7011-4357-8
GENCOD : 9782701143576
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Sorti le : 17/01/2007
De Geneviève Boufartigue - 13/04/2007
Geneviève Boufartigue - 13/04/2007
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A la Libération, en 1944, Claude Lefort a vingt ans.
Jeune philosophe, élève de Merleau-Ponty, trotskiste (avant de se retourner contre cette appartenance et, bientôt, de faire porter ses critiques sur le marxisme même), il se jette d'emblée dans le débat politique - d'abord en écrivant dans Les Temps Modernes, puis en participant à la fondation de Socialisme ou Barbarie et, plus tard, de Libre. Soixante années durant, son attention aux événements - en particulier à ceux qui ébranleront les pays de l'Est - ne se relâchera jamais.
En même temps (tout en enseignant successivement à la Sorbonne, à Caen, à l'EHESS) il contribue - dans son monumental livre sur Machiavel, mais aussi dans maintes autres études où il se confronte à de grandes pensées (de Marx à Tocqueville, Michelet, Quinet, Aron, Hannah Arendt ou Soljenitsyne) - à la restauration et au renouvellement de la philosophie politique. Le temps présent réunit des textes écrits pendant les soixante dernières années (et dont bon nombre étaient devenus inaccessibles).
C'est ainsi tout le vingtième siècle qui se réouvre, avec ses emportements historiques - guerres et révolutions - sans précédent, ses " mutations " politiques inouïes. Au coeur de ces tumultes, Claude Lefort a su élaborer une des analyses les plus lucides du totalitarisme ainsi qu'une théorie de la démocratie qui, dans sa rigueur et son sens de la complexité, nous est aujourd'hui plus que jamais indispensable.
Claude Mouchard
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Parler au «je» ? C'est sous le double signe du «je» (explicite ou impliqué) dans ses propres phrases et dans les phrases qu'il lit, que Lefort rencontre les auteurs auxquels il s'attache. «On ne peut, écrit Bernard Flynn à propos du Travail de l'oeuvre Machiavel, rejoindre la pensée d'un auteur du passé qu'au présent; c'est toujours un «je» qui rencontre l'auteur.» Or, s'il est un écrivain qui parle au «je», parmi tous ceux sur lesquels Lefort a écrit, c'est évidemment l'auteur de L'Archipel du Goulag. Lefort, comme on sait, lui a consacré un livre : Un homme en trop. Et c'est pour reconnaître d'emblée, dans la parole de Soljenitsyne et dans sa revendication du droit à penser et parler au «je», un geste par lui-même politique. Soljenitsyne, dit-il (dans «Pensée politique et histoire», avril 1996 [texte 70]), «est, par excellence, l'homme qui se dégage de la glu du social, qui prend sur lui la question que pose le communisme et qui parle en disant "je".»
Pour Lefort, le «je» de Soljenitsyne se pose par lui-même comme un acte de résistance. Il s'oppose constitutivement à ce qui, dans le totalitarisme communiste, et spécialement dans le «nous» du Parti, peut s'imposer jusqu'à empêcher chacun d'avoir accès à sa propre expérience. N'arrive-t-il pas, par exemple (comme le montrent Soljenitsyne ou, dans un autre contexte, Margarete Buber-Neumann), que des membres de la hiérarchie communiste soudain précipités dans un camp soient incapables de reconnaître ce qui leur arrive et ne puissent qu'incriminer un complot extérieur à ce «nous» auquel ils ne sauraient supporter de ne plus se sentir appartenir ?
En même temps, parler au «je» suppose un ou des interlocuteurs - qu'ils soient réels (comme dans les entretiens qu'on trouvera dans ce volume) ou seulement espérés. Ainsi le «je» s'avance-t-il dans un espace où il s'expose face à un ou à d'autres «je» auxquels il destine, aléatoirement, ses propos. C'est bien à l'appel sensible chez Soljenitsyne qu'a répondu l'auteur d'Un homme en trop.
Lefort, me semble-t-il, s'est toujours défié d'une certaine prétention contemporaine à l'anonymat. N'est-ce pas là où le «je» de l'auteur fait mine de s'effacer que, refusant de s'exposer, il adhère en réalité à lui-même et s'emploie à obtenir la plus dure emprise sur son lecteur ? «À soutenir [...] que chacun s'efface devant ses énoncés, écrit Lefort dans Le travail de l'oeuvre Machiavel, l'on se satisferait d'une demi-vérité - laquelle, pour se donner comme vérité entière, tournerait au mensonge...»
- Le Monde du 3 mai 2007
Ce recueil ne s'adresse pas aux spécialistes. Les textes qu'il contient, loin de se construire à partir d'un vocabulaire spécialisé ou technique abstrait, visent à soumettre la réflexion à un mouvement de reprise souvent exigeant, qui veut, en réinterrogeant les pensées des grands prédécesseurs, défaire les représentations trompeuses sans cependant s'imaginer en finir une fois pour toutes avec les illusions et les charmes dont se parent le pouvoir ou la tentation de le servir. L'une des clés du livre, et de la vertu propre de son auteur, se trouve peut-être dans la magnifique analyse, dans une conférence donnée en 1996 à Varsovie, de la force du "refus de servir", qui met en échec le prétendu réalisme et défie les représentations de l'impossible. C'est le désir de liberté qui permet d'y voir clair.
Jean-Baptiste Marongiu - Libération du 15 février 2007
Juste introduits par Claude Mouchard, sans aucune intervention a posteriori, tous les centres d'intérêts du philosophe émergent ici, tels des îlots de pensée à l'état naissant qui finissent par former des archipels reconnaissables, parfois éloignés, que seul relie désormais le fil du temps écoulé : de la critique du totalitarisme à la démocratie, de la question du pouvoir selon les différents régimes aux droits de l'homme, à la question de l'individualisme contemporain, de la guerre, de la paix, de la littérature...
Ancien directeur d'études à l'Ecole des hautes études, Claude Lefort a formé des générations de disciples, participé à mille batailles dans la Cité, par exemple pour Soljenitsyne et contre le rideau de fer, mais il a aussi produit une oeuvre théorique qui ne cesse de féconder la pensée politique. D'ailleurs, son grand livre sur Machiavel (Gallimard, 1972) n'a-t-il pas comme titre le Travail de l'oeuvre ? A contre-pied d'une certaine disparition du sujet très prisée en ces années structuralistes, l'oeuvre, pour Lefort, exige que celui qui l'accomplit en devienne peu à peu l'auteur, qu'il apprenne à dire «je», qu'il sache faire surgir des livres du passé des interlocuteurs aussi vivants que ses contemporains. Il n'y a pas là que de la piété, il y a de la grandeur.