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Date de saisie : 15/11/2007
Genre : Sociologie, Société
Editeur : Olizane, Genève, Suisse
Auteur : Emma Larkin
Traducteur : Colette Merigot
Prix : 18.00 € / 118.07 F
ISBN : 978-2-88086-356-2
GENCOD : 9782880863562
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Sorti le : 15/11/2007
A mi-chemin entre récit de voyage et évocation historique, cet ouvrage se réfère aux cinq années que George Orwell a passées comme policier en Birmanie, et aux écrits que ce séjour peut lui avoir inspirés. Si Une histoire birmane évoque de manière évidente le pays qu'Orwell a connu, deux autres de ses oeuvres majeures semblent caractériser la Birmanie actuelle. La ferme des animaux et, surtout, 7984, frappent aujourd'hui par leur aspect visionnaire : la Birmanie des généraux, au dire même des Birmans, endure au quotidien les situations cauchemardesques imaginées voici plus d'un demi-siècle par le romancier britannique.
Emma Larkin parcourt les lieux où Orwell a vécu; elle se mêle à la population, interroge les gens de toute condition sociale, fait appel à leur mémoire. Qu'ils soient intellectuels, vendeurs de rue ou artistes, tous décrivent un régime totalitaire où surveillance et suspicion sont la règle, et où la liberté d'expression est violemment réprimée.
L'auteur rend aussi hommage à la résistance des Birmans qui, malgré les risques encourus, mènent des actions clandestines telle que la diffusion d'ouvrage d'auteurs emprisonnés, le décryptage de la censure dans la presse locale, ou la simple lecture de livres étrangers interdits.
Emma Larkin est née et a grandi en Asie. Elle a étudié le birman à la School of Oriental and African Studies à Londres, tout en se spécialisant en histoire asiatique. Journaliste, elle collabore à de nombreux quotidiens et magazines à travers le monde. Elle vit aujourd'hui en Asie du Sud-Est. Son ouvrage, publié en Grande-Bretagne, aux Etats-Unis et au Japon, a remporté plusieurs distinctions littéraires prestigieuses dont l'Asia-Pacific Grand Prix.
Traduit de l'anglais par Colette Merigot
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MOULMEIN
A la fin, le Parti annoncerait que deux et deux font cinq, et vous devriez le croire.
1984
- C'est vraiment d'une beauté incroyable, n'est-ce pas ? déclara la femme aux cheveux gris assise à mes côtés lors de ce dîner, en me tendant une assiette de porcelaine.
Légèrement jauni par le temps, le plat était décoré d'une scène typiquement anglaise : une chaumière entourée de buissons de fleurs roses et bleu lavande. Un sentier de gravier, qui serpentait à travers le jardin, menait à la porte d'entrée, restée entr'ouverte. A l'étage, d'une fenêtre grande comme un timbre-poste, une petite fille souriante, portant des tresses blondes, faisait un signe de la main. Ce décor était entouré d'une guirlande tarabiscotée représentant de minuscules myosotis.
Je l'admirai poliment pendant quelques instants, puis la passai à une autre dame âgée, assise à ma gauche. Elle la prit dans ses deux mains, avec respect.
- Cette assiette est probablement plus âgée que nous tous ici, dit-elle. De nos jours, il est tout simplement impossible de trouver d'aussi belles choses en Birmanie.
Je me trouvais dans la maison de Béatrice Thompson, une Anglo-Birmane qui vit dans la ville de Moulmein, au sud du pays.
J'avais rencontré la soeur de Béatrice quelques années auparavant, lorsque j'étudiais le birman à l'université de Londres. Elle m'avait donné le numéro de téléphone de Béatrice, me demandant de l'appeler avant d'arriver à Moulmein. Lorsque, de Rangoun, j'avais appelé Béatrice, celle-ci avait insisté pour venir me chercher à la gare.
- Comment vous reconnaîtrai-je ? avais-je demandé.
- Vous me reconnaîtrez à mes yeux bleus.
Le train de jour en provenance de Rangoun roulait d'abord vers le nord pour contourner le golfe de Martaban, et repartait ensuite vers le sud en direction de Moulmein. Au départ, on m'avait affirmé que les étrangers n'étaient autorisés à acheter que des billets de première classe; je passai donc les dix heures du voyage sur un vieux siège inclinable, dans le compartiment pratiquement vide d'un train qui traversait en brinquebalant des rizières interminables, de petits villages, ainsi que les hauts affleurements de calcaire qui caractérisent le paysage du sud de la Birmanie.
Marjorie Alessandrini - Le Nouvel Observateur du 27 décembre 2007
Au-delà de l'enquête sur un aspect méconnu de la vie et de l'oeuvre d'un écrivain, ce qui rend ce livre fascinant, c'est tout ce qu'on peut lire en filigrane : ces dizaines de rencontres de libraires, étudiants, artistes ou commerçants, tous aux prises avec un régime dont ils décrivent avec une effroyable simplicité les exactions et les abus vécus au quotidien. La lumineuse présence d'une opposante courageuse, gracieux ange tutélaire, les aspirations spirituelles, essentielles, et la puissance obscure, absurde, de la junte au pouvoir. Chez ceux qu'elle écoute parler devant une tasse de thé (boisson dont Orwell connaissait bien le pouvoir) Emma Larkin croit reconnaître dans leurs confidences, leur courage, leurs peurs, leurs émotions, celles que vivent les personnages de «1984»...
Au-delà même des racines birmanes d'Orwell et de ses particularités, on se dit que ses descriptions ne seraient, sans doute, guère différentes, dans tout autre pays totalitaire.