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Date de saisie : 04/04/2008
Genre : Biographies, mémoires, correspondances...
Editeur : A. Carrière, Paris, France
Auteur : Fabrice Provin
Prix : 19.00 € / 124.63 F
ISBN : 978-2-84337-465-4
GENCOD : 9782843374654
Sorti le : 19/03/2008
Vivre le plus longtemps possible chez soi, quand on est âgé, c'est possible grâce au soutien des associations d'aide à domicile qui assurent le ménage, les courses, la toilette, la préparation des repas... Mais pour être heureux chez soi, la première condition n'est-elle pas de pouvoir régulièrement en sortir ?
Fabrice Provin a l'idée de fonder, en 1990, une entreprise privée, L'Age d'Or Services, proposant aux personnes âgées de Troyes diverses formes de sorties accompagnées : au supermarché (en général éloigné du centre-ville), chez le médecin ou le coiffeur, au théâtre, et même une simple promenade ou une visite touristique en petit groupe. Le succès est immédiat, tant l'idée répond à un besoin impérieux de pouvoir aller au-dehors, en toute sécurité et en toute autonomie, pour mieux rentrer après. Fort de cette réussite, il développe un véritable savoir-faire auprès des personnes âgées, agrandit sa société par le biais des franchises et innove au fil des ans en créant de nouveaux services : l'assistance juridique, la téléassistance, la coordination du retour à domicile après une hospitalisation... Tout ce qui contribue à faire en sorte que le maintien à domicile ne soit plus synonyme d'isolement.
Agé de 39 ans, Fabrice Provin vit en Champagne-Ardennes. En 2001, pour assurer la pérennité de son concept, il a vendu sa société à CNP Assurances dont il est devenu salarié, en conservant d abord le poste de directeur général de F !Age d'Or Services, puis en étant nommé chargé de mission auprès du directoire, en charge des services à la personne.
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Les Juliette de mon enfance
(1978-1988)
Ma mère passa sa tête dans l'entrebâillement de la porte de ma chambre et me dit d'une voix douce :
- Fabrice, mon chéri, tu seras gentil d'apporter à Juliette le pain et le journal. Je passe la journée chez Mme Regnault, qui est sortie hier de l'hôpital.
J'abandonnai alors mes coloriages d'enfant, pris le journal local que me tendait ma mère et enfourchai joyeusement mon vélo pour gagner la rue Vanderbach et livrer les précieuses commissions.
Tout commença ainsi à la fin des années 1970, au coeur du textile de l'Aube. Depuis tout petit, je vivais au rythme du dévouement de ma mère, Jacqueline, qui se dépensait sans compter pour les personnes âgées du quartier. Mère au foyer, certes, mais souvent dans celui des autres ! Elle leur rendait visite, leur tenait compagnie, se chargeait de faire certaines courses et surtout leur témoignait gentillesse et attentions. Mon père, Yvon, était agent de maîtrise au sein de l'usine Doré de Troyes. Nous partagions alors, avec d'autres employés, une petite maison dans le quartier Saint-Martin.
A l'âge de onze ans, je me mis à accompagner ma mère dans ses tournées de sourires, de journaux ou de pain frais. J'aimais ça. Chaque visite était l'occasion d'un échange, d'une menthe à l'eau ou de petits services. Je remplaçais maman de plus en plus fréquemment et, juché sur mon vélo d'enfant, je sillonnais les rues du quartier. Juliette devint l'une de mes mamies préférées. Ancienne couturière, cette gentille retraitée faisait les ourlets de la famille et, jusqu'à sa disparition, à la veille de ma majorité, il ne se passa pas une semaine sans que j'aille l'embrasser.
De fil en aiguille et de visite en promenade, nos rendez-vous se multipliaient et se prolongeaient. Juliette attendait ce moment. Elle mangeait si elle savait que je restais déjeuner ; elle prenait soin d'elle si elle savait que je passais la voir. J'étais heureux comme un gamin lorsqu'elle sortait sa poêle pour faire des crêpes et elle-même était heureuse d'en préparer. Je compris que, lorsqu'on est veuve, qu'on a soixante-seize ans et que l'on vit seule dans une vieille bicoque sans salle de bains ni confort, on ne décide pas un beau matin de se faire sauter trois crêpes au chocolat pour se réchauffer le coeur et améliorer l'ordinaire ! Et je sus que le premier service que je rendais à Juliette n'était pas tant de passer la voir et de lui tenir compagnie que de lui redonner l'envie de faire des choses, de vivre.
De Julien Saada - 17/09/2008
Julien Saada - 05/05/2008
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