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Date de saisie : 03/10/2010
Genre : Essais littéraires
Editeur : Hermann, Paris, France
Auteur : Gérard Bensussan | Danielle Cohen-Levinas
Prix : 33.00 €
ISBN : 9782705668181
GENCOD : 9782705668181
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Sorti le : 16/10/2010
Ce livre est l'histoire d'un cheminement à travers des idiomes qui sont autant de formes, de rythmes, de noms, dans la multiplicité des questions posées pour dire ce qu'est l'impatience des langues. Ce cheminement philosophique va de ta patience du concept à l'impatience de son refus. Il est comme l'incessant recommencement du «refus de la patience du concept» dans l'entrelacs de langues aussi prometteuses que menaçantes, puisqu'elles accueillent l'aléatoire du temps tout en demeurant exposées à la ruse exorbitante du concept.
Sur le chemin de l'impatience des langues, des questions se pressent. Y a t il un temps de la politique ? A quels usages des langues et de leurs entre-traductions est assigné ce temps ? En quoi la justice signifie t elle la scansion de ces temps désajointés et discordants ? Peut-on penser une justice sans destin et sans téléologie ? Pourquoi et comment l'amour vient il taire effraction dans ces mouvements, comment vient-il les altérer encore ? La mémoire oublieuse et infidèle est elle une condition du partage et de la promesse ? L'exil peut il en dessiner l'horizon ? Ht le messianisme, pourquoi en parler aujourd'hui ? Quelles langues, pour quelle éthique ?
Dans ce livre à deux voix, Danielle Cohen Levinas et Gérard Bensussan mettent ainsi la philosophie à l'épreuve d'elle-même en la désaccordant de ce qui historiquement l'engage et la porte.
Girard Bensussan est professeur de philosophie à l'Université de Strasbourg et chercheur aux Archives Husserl de Paris. Spécialiste de l'idéalisme allemand et de la philosophie juive de langue allemande, il est l'auteur de nombreux ouvrants, traduits en plusieurs langues, ou se croisent l'éthique et la politique, le temps et la justice, l'existence et l'histoire.
Danielle Cohen-Levinas est philosophe, musicologue, professeur à l'Université Paris IV Sorbonne ou elle a fondé le ('aliène d'études et de philosophie juive. Spécialiste de l'idéalisme musical allemand et d'opéra, de philosophie contemporaine et de post-phénoménologie française, elle est chercheur associe aux Archives Husserl de Paris. Elle est l'auteur de nombreux essais, articles et a publié plusieurs ouvrages collectifs consacrés ii ces différents domaines de la pensée.
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Des pensées échappées
Danielle Cohen-Levinas : Nous n'avons pas commencé ce livre par le début. La question du commencement ne nous a pas effleuré. Jusqu'au jour où nous nous sommes dit qu'il fallait bien que le livre s'ouvre sur un commencement. Question légitime lorsque l'écriture d'un livre s'achève et que sa genèse nous apparaît plus explicite. Alors je fais un effort de mémoire. Un espacement temporel fait que ce livre n'a pas commencé par un commencement, un «il était une fois» si tu préfères, parce que, si je me souviens bien, il s'est présenté d'emblée à nous comme le prolongement d'un entretien que nous avons réalisé autour de ton livre, Marx le sortant. Chemin faisant, une ligne de pensée s'est détachée, une brèche déjà ouverte dans la langue de Marx, ou plus précisément, dans ses langues et dans la manière dont tu les fais résonner au travers d'autres philosophèmes. Cette ligne de pensée a fait ressurgir leur puissance de protestation contre l'historicité acquise et les savoirs qui en scellent le destin. Le refus de l'histoire et d'une vision synthétique du monde représente un des aspects récurrents de notre projet. D'où l'importance fédératrice accordée à l'idiome «langue» et «langage», le lieu où se signifie et se constitue l'existence et l'expérience. Les noms de Rosenzweig, Benjamin, Levinas, Derrida se sont agglutinés à celui de Marx, comme transportés d'un seul tenant dans le présent immédiat de notre réflexion, devenant le passage à une langue qui se déborde elle-même, à une incessante Sprache qui s'accomplit au moment même où elle se retire pour céder la place à une parole vivante (das Sprechen) ; comme si tu nous renvoyais à une spectralité antérieure, déjà contenue dans cette antériorité. Une infinition de langues dans une infinition de temps, inséparable d'une sensibilité politique. Une infinition de langues dans une infinition de temps, inséparable d'une sensibilité politique. Idée que le messianisme, en son incessant commencement et recommencement, n'épuise ni le sens de l'histoire ni celui des langues. Et puis, une brèche s'est ouverte qui ne pouvait en rien constituer un début, dans la mesure où, avec le tuilage des langues philosophiques, le temps historique est rompu, sa puissance diachronique précède toute tentative de synthèse. Il me semble que c'est là, à cet endroit précis où la question du temps accroît la défaillance d'une langue métaphysique saturée de totalisation, qu'a émergé de notre plume l'idiome messianique. Ce dernier parle une langue qui ne répond plus à une trajectoire horizontale venant à son terme, mais une langue disruptive, au-delà de l'histoire. Certes, et nous en avons parlé dans cet entretien, tu n'abordes pas explicitement dans Marx le sortant l'horizon messianique qui affleure à la surface et dans les plis des langues de Marx. Cet idiome absent ourdit malgré tout, non seulement ta démonstration et ce que tu entends par Ausgang (sortie), mais également et avant tout la manière dont la philosophie prospective de Marx tente de se déprendre de la fatalité du présent, en affirmant que l'homme est capable de penser un horizon futur qui concerne la collectivité humaine dans son essence. Il y va d'une utopie messianique qui éveille l'homme à la conscience de sa propre faim et au souffle contestataire et révolutionnaire du desiderium grâce auquel il s'arrache à elle, ainsi qu'à la crainte et à l'idolâtrie de l'histoire et du passé.